Auteur/autrice : Cassiopee
4 janvier 2025
Au pont de pierre, le givre épuisé
Se détourne du matin en errance.
Juste un rayon de brouillard déplié
Qui, au sommet du mot, tente sa chance.
…
S’envolent de l’arbre, des étourneaux
Pour piller les graines de la mangeoire.
Au bout du chemin, gronde le ruisseau
L’hiver exulte, le froid est sa gloire.
…
Si la rime en lambeaux sur le trottoir
Foule les cailloux gelés de l’attente,
Les ombres balancent leur vieux mouchoir,
Tout en se faufilant sous la charpente.
…
Regarde, le sol ne renonce pas,
Dans le massif, les premières jonquilles
Ouvrent avec ardeur leur cadenas.
J’aperçois des pointes en escadrille.
…
Contre les tentures grises du ciel,
Des rhizomes et leurs tiges sauvages
S’élancent dans une ronde au pluriel.
Une chimère brode les nuages.
…
Puis, à l’angle du temps, le chariot
Des saisons fait halte dans la cambrure
D’une lune et cueille un coquelicot
Flétri mais prêt à hisser sa voilure.
…
Viens avec moi, un pied sur l’horizon,
L’autre sur la rampe de l’invisible.
Nous serons des oiseaux sur le chevron
Du vent où repoussent tous les possibles.
…
28 décembre 2024
D’anciennes ombres pointent sur le jour
Leur visage qui braille dans la tour
Des saisons et leurs paroles assassines
Vibrent sous les chairs brûlées des épines.
…
Je vois notre rêve d’été perdu
Dans cette crevasse où il n’a pas plu.
Des copeaux de nuit irritent mes veines,
Le temps s’éveille sur son lit de peines.
…
Et emmitouflé dans son bleu métal,
Un vent du nord vient à nous , glacial.
L’horizon au bord de la solitude,
S’impatiente en se tordant d’inquiétude.
…
Je vais sur ce sentier blanchi de gel.
Le silence me lance son appel.
Que dire de mon cœur sur cette route
Couverte de neige où règne le doute.
…
Derrière la fenêtre où le lampion
Indompté suinte d’inspiration,
Ton regard vient atteindre la lisière
Des lunes bruissant de ton mystère.
…
Prends mon manteau étoilé, cet écrin
Pour réchauffer ton épaule satin.
Entre tes bras d’océan, l’estuaire
Du renouveau ouvre un couloir solaire.
…
A cloche-demain, dans les plis noircis
De l’hiver, nos murmures éblouis
Attendent comme l’aube sur sa chaise
Qu’un autre printemps sorte de la glaise.
…
19 décembre 2024
Un vent glacial rase les murailles
Sur les vitres embuées, le matin
Jette quelques tourbillons de grisaille.
Le temps déraciné se fait chagrin.
…
Au milieu des feuilles jonchant la terre
La saison froide répète son chant
Et des strophes éclatées sur la pierre
Font corps avec l’écho pénalisant.
…
La lune rebondit entre les marges
Où des voix patinées par les océans
Naviguent à la rencontre des barges
Qui défient les vagues et le néant.
…
Quand bien même la mésange frissonne,
Il reste en haut des arbres, le serment
Du jour érodé par la nuit gloutonne,
Cette seule lueur comme un fragment.
…
Des rimes échouées sur les écorces
Transforment leurs syllabes en fagots.
Il nous reste alors pour dernière force
De ranger à l’abri nos vieux ballots.
…
Un soleil gît derrière le nuage,
Plus loin que nos cristallins cramponnés
A ces heures fatiguées et sans âge.
Le crachin rince les mots échappés.
…
Dans un rai de neige, un texte se mire
Sous les flocons, je cache le fouillis
De nos cœurs à la quête d’un empire
Pour s’évader enfin de ce roulis.
…
1/2024
11 décembre 2024
Sur la poutre du temps, chaque respiration
Contient nos souvenirs, mais dans un seul silence
Les buées du matin comme une autre conscience
Fendent les nuages sans précipitation.
…
Quelle est au petit jour, l’unique conviction
Sur le ponton des mots, de tourner en cadence
Les phrases de mon cœur, lovées sur ta crédence
Braillent chaque lueur au vent de nos chansons.
…
Les ombres effacées, jusqu’au bout du plaisir,
J’ai dormi dans tes bras chargés de ton désir.
Déjà, s’enfuit la nuit et ses si longs murmures.
….
Un rêve trop discret, tel un grand voyageur
Trotte vers les fossés quand dorment nos blessures.
Sur l’horizon fluet, l’espérance est lueur.
….
1 décembre 2024
Un chemin de mots longe les aurores,
Quand un poème réveille le jour.
Égaré entre le ciel et les stores
D’un temps, il aime être troubadour.
…
Mais, à peine ébauché, le vent lacère
Les grains du papier où s’est engourdi
Un flocon sorti de sa bonbonnière.
Le crayon nu recherche son étui.
…
Se ferme déjà la porte des lunes
Où un rêve a posé son édredon.
Un nuage captif dans les tribunes
Est morose comme une punition.
…
Les pas fatigués, l’écriture arpente
Une plage où veille pourtant l’hiver.
Alors, il faut vaincre dans la tourmente
Les froids qui tournent autour de l’amer.*
…
Plus aucun bruit dans l’encrier de neige.
Il faut marcher vers l’exil des secrets
Pour retrouver enfin dans le ciel beige
La promesse d’espoir sur nos versets.
…
La plume folle en sommeil dans l’ornière
Agite soudain son drapeau fripé.
En soupçonnant une odeur printanière,
Le chant du ruisseau est apprivoisé.
…
* amer : ici employé dans le sens de phare.
Texte proposé à Chris pour son défi du mois: rêve de neige – http://www.poetika17.com/
27 novembre 2024
Au loin, un soleil claque ses volets.
Sur la ligne des crêtes, la morsure
Des premiers froids fait trembler les bleuets,
Le jour fatigué court à toute allure.
…
Juste ce froissement de nos saisons
Qui rappelle l’odeur de la châtaigne.
Le cerf écrase quelques champignons
Alors que l’ombre progresse, bréhaigne.
…
Sous la bruyère, le chant éraflé
Du silence perce l’automne rousse.
Et, le vent impatient s’est invité
Sur tout ce qui remue sur la mousse.
…
Alors, j’enroule nos mots dans le cœur
De ces grandes forêts où les murmures
Diffusent lentement une lueur.
Suis-moi vers ce passage sans gerçures.
….
La dernière pierre sera le lit
Où nous pourrons nous endormir sans crainte.
Chaque rime réchauffera la nuit
Qui dépose sur les arbres sa plainte.
…
L’espérance reviendra sous le gel.
Partout où tu es, l’été ressuscite.
Les coquelicots et leur carrousel
Se préparent déjà dans leur guérite.
…
Nota : bréhaigne: stérile
18 novembre 2024
Aux sources de l’aube, le pas fragile
Du temps habite l’impasse du cœur.
Lentement, un rêve s’éveille et file
Vers la souche des saisons sans lueur.
…
Tombé de l’horizon, le souffle pâle
De l’automne étreint mon corps endormi.
J’ai le goût du silence qui trimbale
Son sac percé dans mon sang refroidi.
…
Se dressent les mots froissés sur la plage
Où reposent des ballons prisonniers.
La rime se rappelle ton visage
Quand notre été range ses chandeliers.
…
Sens-tu battre sous la chair les caresses
Qui écartent l’ennui de ton chemin.
Au loin, la vigne craque de promesses,
Le jour pénètre mes veines, enfin.
…
Que dire de l’espoir dont la crinière
Dessine la rouille dans la broussaille.
Viens, allons construire notre tanière
Dans les simples et les fétus de paille.
…
Sur le flanc des astres, la nuit serpente.
Mais, demain, nous irons par les sentiers
Effacer l’hiver prochain sous la pente
Où court le souvenir de nos baisers.
…
9 novembre 2024
Quand novembre, contre la véranda,
S’endort, semelles usées, bien paisible,
Au ciel, se tisse une toile invisible.
Un hiver apprête ses falbalas.
…
Pourtant, le matin tague sur la peau
Des rêves, sa brume encore frivole.
Même si la feuille perd la boussole,
La saison n’a pas rangé son escabeau.
…
Sur les branchages, j’ai laissé un mot.
L’oiseau les portera sur son plumage
En conjurant le vent et les nuages,
Satisfait de son délicat ballot.
…
Et dans les goulées du temps incertain,
Je viendrai t’inventer un autre monde.
Dans les vieux chemins, la pierre faconde
Nous dira comment fabriquer demain.
…
Les ruisseaux déchus au-delà des prés
Oublieront toutes détresses antiques
Pour arroser les forêts anémiques.
La biche y sera en sécurité.
…
J’éloignerai l’ombre avec mon crayon.
Sur ton cœur dépouillé de sa lumière,
Je ferai mon nid et dans ta chaumière,
J’allumerai des feux jusqu’aux moissons.
…
Quand les pluies couleront sur le carnet,
Un poème infusé à l’eau des roses
Chassera vite les pensées moroses.
Dans le loin, l’aube ouvrira son loquet.
…
31 octobre 2024
Au sommet des planètes en détresse,
J’écris la peur de l’arbre et des oiseaux.
L’obscurité défend sa forteresse
Quand l’humanité creuse son tombeau.
…
Le long des chemins où le temps pétille,
Avance un cortège de jours transis.
Quelques rêves s’accrochent à la grille
Des lunes aux halos plein de débris.
…
Et un nuage escorte sur la rive
Un triste ailleurs où suffoque le vent.
L’été se cogne contre la coursive
Pour finir sa course en un feulement.
…
J’aimerais te dire, l’espoir en bouche
Par-delà l’horizon des camouflets,
Que certains discours et propos font mouche
Mais les phrases rougissent de soufflets.
…
Comment dans cette strophe qui se dresse,
Là, où le cœur guerrier cogne les murs,
Déplier la ramille pour que cesse
Le tremblement accroché à l’azur.
…
Il me faut aller au brûlant de l’âme
Attiser le feu errant dans la nuit.
Au ciel de l’aube en devenir, l’entame
Du soleil fera peut-être du bruit.
…
Texte proposé à Chris pour son défi : quel monde pour demain ?
son blog : http://www.poetika17.com/
20 octobre 2024
Quand la terre s’émeut dans son châssis,
Le vent, mains ouvertes vers le ciel gris
Éclabousse les forêts de froidure.
Au bois, hurle le loup sous sa pelure.
…
Dans ma caverne où roulent les tisons,
Quelques ombres formées en bataillons
Tricotent des châles pour les nuages.
L’automne tressaille dans les branchages.
…
Des buissons de nuit surgissent soudain
Vers les jardins où la menthe et le plantain
Rabotent les heures si meurtrières
En espérant revoir bientôt la lumière.
…
Un vol de grives déleste le ciel
Entre pluies et orage torrentiel,
Se dessine la musique sans note
D’un âge qui brade sa camelote.
…
Le poids du silence sur le gravier
Se fait déjà lourd en ce temps d’acier.
Du soleil, j’aperçois la silhouette
Au clocher, s’épuise la girouette.
…
Pourtant, si ton cœur vient frapper au mien,
Une aube trouvera le magicien
Pour, à la hâte, réchauffer l’attente
Qui se consume dessous ma charpente.
…
Et dans un tourbillon, l’obscurité
Fuira sur la feutrine du passé.
Au profond de l’âtre, des étincelles
Jusqu’au printemps, offriront leurs chandelles.
…
Contre les feuilles répandues au sol
Tes pas crépitent et brisent l’envol
De mes roses aux abois et muettes.
Mais, c’est là que je suis, sous la couette.
…