Auteur/autrice : Cassiopee

Bruine

Dormance

Boudoir

Etal

Possible

Bleu métal

D’anciennes ombres pointent sur le jour

Leur visage qui braille dans la tour

Des saisons et leurs paroles assassines

Vibrent sous les chairs brûlées des épines.

…

Je vois notre rêve d’été perdu

Dans cette crevasse où il n’a pas plu.

Des copeaux de nuit irritent mes veines,

Le temps s’éveille sur son lit de peines.

…

Et emmitouflé dans son bleu métal,

Un vent du nord vient à nous , glacial.

L’horizon au bord de la solitude,

S’impatiente en se tordant d’inquiétude.

…

Je vais sur ce sentier blanchi de gel.

Le silence me lance son appel.

Que dire de mon cœur sur cette route

Couverte de neige où règne le doute.

…

Derrière la fenêtre où le lampion

Indompté suinte d’inspiration,

Ton regard vient atteindre la lisière

Des lunes bruissant de ton mystère.

…

Prends mon manteau étoilé, cet écrin

Pour réchauffer ton épaule satin.

Entre tes bras d’océan, l’estuaire

Du renouveau ouvre un couloir solaire.

…

A cloche-demain, dans les plis noircis

De l’hiver, nos murmures éblouis

Attendent comme l’aube sur sa chaise

Qu’un autre printemps sorte de la glaise.

…

Roulis

Un vent glacial rase les murailles

Sur les vitres embuées, le matin

Jette quelques tourbillons de grisaille.

Le temps déraciné se fait chagrin.

…

Au milieu des feuilles jonchant la terre

La saison froide répète son chant

Et des strophes éclatées sur la pierre

Font corps avec l’écho pénalisant.

…

La lune rebondit entre les marges

Où des voix patinées par les océans

Naviguent à la rencontre des barges

Qui défient les vagues et le néant.

…

Quand bien même la mésange frissonne,

Il reste en haut des arbres, le serment

Du jour érodé par la nuit gloutonne,

Cette seule lueur comme un fragment.

…

Des rimes échouées sur les écorces

Transforment leurs syllabes en fagots.

Il nous reste alors pour dernière force

De ranger à l’abri nos vieux ballots.

…

Un soleil gît derrière le nuage,

Plus loin que nos cristallins cramponnés

A ces heures fatiguées et sans âge.

Le crachin rince les mots échappés.

…

Dans un rai de neige, un texte se mire

Sous les flocons, je cache le fouillis

De nos cœurs à la quête d’un empire

Pour s’évader enfin de ce roulis.

…

1/2024

Lueurs (sonnet)

Encrier de neige

Un chemin de mots longe les aurores,

Quand un poème réveille le jour.

Égaré entre le ciel et les stores

D’un temps, il aime être troubadour.

…

Mais, à peine ébauché, le vent lacère

Les grains du papier où s’est engourdi

Un flocon sorti de sa bonbonnière.

Le crayon nu recherche son étui.

…

Se ferme déjà la porte des lunes

Où un rêve a posé son édredon.

Un nuage captif dans les tribunes

Est morose comme une punition.

…

Les pas fatigués, l’écriture arpente

Une plage où veille pourtant l’hiver.

Alors, il faut vaincre dans la tourmente

Les froids qui tournent autour de l’amer.*

…

Plus aucun bruit dans l’encrier de neige.

Il faut marcher vers l’exil des secrets

Pour retrouver enfin dans le ciel beige

La promesse d’espoir sur nos versets.

…

La plume folle en sommeil dans l’ornière

Agite soudain son drapeau fripé.

En soupçonnant une odeur printanière,

Le chant du ruisseau est apprivoisé.

…

* amer : ici employé dans le sens de phare.

Texte proposé à Chris pour son défi du mois: rêve de neige – http://www.poetika17.com/

Dans le vent

Au loin, un soleil claque ses volets.

Sur la ligne des crêtes, la morsure

Des premiers froids fait trembler les bleuets,

Le jour fatigué court à toute allure.

…

Juste ce froissement de nos saisons

Qui rappelle l’odeur de la châtaigne.

Le cerf écrase quelques champignons

Alors que l’ombre progresse, bréhaigne.

…

Sous la bruyère, le chant éraflé

Du silence perce l’automne rousse.

Et, le vent impatient s’est invité

Sur tout ce qui remue sur la mousse.

…

Alors, j’enroule nos mots dans le cœur

De ces grandes forêts où les murmures

Diffusent lentement une lueur.

Suis-moi vers ce passage sans gerçures.

….

La dernière pierre sera le lit

Où nous pourrons nous endormir sans crainte.

Chaque rime réchauffera la nuit

Qui dépose sur les arbres sa plainte.

…

L’espérance reviendra sous le gel.

Partout où tu es, l’été ressuscite.

Les coquelicots et leur carrousel

Se préparent déjà dans leur guérite.

…

Nota : bréhaigne: stérile