Auteur/autrice : Cassiopee
18 novembre 2024
Aux sources de l’aube, le pas fragile
Du temps habite l’impasse du cœur.
Lentement, un rêve s’éveille et file
Vers la souche des saisons sans lueur.
…
Tombé de l’horizon, le souffle pâle
De l’automne étreint mon corps endormi.
J’ai le goût du silence qui trimbale
Son sac percé dans mon sang refroidi.
…
Se dressent les mots froissés sur la plage
Où reposent des ballons prisonniers.
La rime se rappelle ton visage
Quand notre été range ses chandeliers.
…
Sens-tu battre sous la chair les caresses
Qui écartent l’ennui de ton chemin.
Au loin, la vigne craque de promesses,
Le jour pénètre mes veines, enfin.
…
Que dire de l’espoir dont la crinière
Dessine la rouille dans la broussaille.
Viens, allons construire notre tanière
Dans les simples et les fétus de paille.
…
Sur le flanc des astres, la nuit serpente.
Mais, demain, nous irons par les sentiers
Effacer l’hiver prochain sous la pente
Où court le souvenir de nos baisers.
…
9 novembre 2024
Quand novembre, contre la véranda,
S’endort, semelles usées, bien paisible,
Au ciel, se tisse une toile invisible.
Un hiver apprête ses falbalas.
…
Pourtant, le matin tague sur la peau
Des rêves, sa brume encore frivole.
Même si la feuille perd la boussole,
La saison n’a pas rangé son escabeau.
…
Sur les branchages, j’ai laissé un mot.
L’oiseau les portera sur son plumage
En conjurant le vent et les nuages,
Satisfait de son délicat ballot.
…
Et dans les goulées du temps incertain,
Je viendrai t’inventer un autre monde.
Dans les vieux chemins, la pierre faconde
Nous dira comment fabriquer demain.
…
Les ruisseaux déchus au-delà des prés
Oublieront toutes détresses antiques
Pour arroser les forêts anémiques.
La biche y sera en sécurité.
…
J’éloignerai l’ombre avec mon crayon.
Sur ton cœur dépouillé de sa lumière,
Je ferai mon nid et dans ta chaumière,
J’allumerai des feux jusqu’aux moissons.
…
Quand les pluies couleront sur le carnet,
Un poème infusé à l’eau des roses
Chassera vite les pensées moroses.
Dans le loin, l’aube ouvrira son loquet.
…
31 octobre 2024
Au sommet des planètes en détresse,
J’écris la peur de l’arbre et des oiseaux.
L’obscurité défend sa forteresse
Quand l’humanité creuse son tombeau.
…
Le long des chemins où le temps pétille,
Avance un cortège de jours transis.
Quelques rêves s’accrochent à la grille
Des lunes aux halos plein de débris.
…
Et un nuage escorte sur la rive
Un triste ailleurs où suffoque le vent.
L’été se cogne contre la coursive
Pour finir sa course en un feulement.
…
J’aimerais te dire, l’espoir en bouche
Par-delà l’horizon des camouflets,
Que certains discours et propos font mouche
Mais les phrases rougissent de soufflets.
…
Comment dans cette strophe qui se dresse,
Là, où le cœur guerrier cogne les murs,
Déplier la ramille pour que cesse
Le tremblement accroché à l’azur.
…
Il me faut aller au brûlant de l’âme
Attiser le feu errant dans la nuit.
Au ciel de l’aube en devenir, l’entame
Du soleil fera peut-être du bruit.
…
Texte proposé à Chris pour son défi : quel monde pour demain ?
son blog : http://www.poetika17.com/
20 octobre 2024
Quand la terre s’émeut dans son châssis,
Le vent, mains ouvertes vers le ciel gris
Éclabousse les forêts de froidure.
Au bois, hurle le loup sous sa pelure.
…
Dans ma caverne où roulent les tisons,
Quelques ombres formées en bataillons
Tricotent des châles pour les nuages.
L’automne tressaille dans les branchages.
…
Des buissons de nuit surgissent soudain
Vers les jardins où la menthe et le plantain
Rabotent les heures si meurtrières
En espérant revoir bientôt la lumière.
…
Un vol de grives déleste le ciel
Entre pluies et orage torrentiel,
Se dessine la musique sans note
D’un âge qui brade sa camelote.
…
Le poids du silence sur le gravier
Se fait déjà lourd en ce temps d’acier.
Du soleil, j’aperçois la silhouette
Au clocher, s’épuise la girouette.
…
Pourtant, si ton cœur vient frapper au mien,
Une aube trouvera le magicien
Pour, à la hâte, réchauffer l’attente
Qui se consume dessous ma charpente.
…
Et dans un tourbillon, l’obscurité
Fuira sur la feutrine du passé.
Au profond de l’âtre, des étincelles
Jusqu’au printemps, offriront leurs chandelles.
…
Contre les feuilles répandues au sol
Tes pas crépitent et brisent l’envol
De mes roses aux abois et muettes.
Mais, c’est là que je suis, sous la couette.
…
11 octobre 2024
Sur la table de midi, l’eau bénite
De l’automne sent le musc et le cuir.
La fougère s’enracine et profite
De la tiédeur pour enfin s’endormir.
…
Vers le chemin qui mène à notre plage,
La dune arrondit son ventre doré.
Si le grain est rangé avant l’orage,
La cloche des ans sonne sans gaieté.
…
Et, à l’épine du jour qui s’accroche
Aux nuages tourmentés par le bruit,
Quelques aubes lointaines, sous la roche
Écrivent des vers pour chasser la nuit.
…
Mais, un verbe étourdi dans l’ambulance
A renversé sur le sol l’encrier.
Le berceau des poèmes en souffrance
Tangue parmi les ronces du sentier.
…
Si au temps d’octobre, des draps de brume
Cousent nos écorces au vent coquin,
Des landes d’ombres frappent leur enclume
Quand je cache chaque mot dans ta main.
….
Alors, naîtront les épaisses froidures
Le long des champs et bois ébouriffés.
Viendras tu t’asseoir au bord des murmures.
Nous irons l’amble, rêves inventés.
…
6 octobre 2024
Sous le lierre de l’oubli, la saison
Reprise ses blouses et ses corsages.
L’automne retient sa respiration
Car bientôt, l’été sera au chômage.
…
L’orage a rougi les toits abîmés.
Des forêts infusent dans les nuages.
Au lointain, l’horizon semble apaisé,
Sa litière se couvre d’autres pages.
…
S’éloignant vers le chemin de la nuit,
La lumière est debout dans son carrosse.
Au chevet du temps qui s’endort sans bruit,
Se moque la lune ronde et si grosse.
…
Juste ce parfum de menthe au jardin
Caressant l’heure au milieu de l’attente.
Les asters repliés dans leur écrin
Apprécient encore calme et farniente.
…
Un silence déterre ses boulets
Comme un dernier répit sur la bruine
D’un poème s’accrochant aux volets
Déjà fermés sur les mots en ruine.
…
Mais, partout où je cherche la lueur,
S’écartent des buissons d’ombre marine.
Où que glisse ta vague sur mon cœur,
J’apprivoise ta houle clandestine.
…
Pour fuir avec la dernière moisson,
J’invente sel et eau dans notre malle.
Si le vent a tant d’imagination,
Plusieurs feuilles mortes jonchent la dalle.
…
Sans perdre la face de leurs secrets,
Les étoiles sont en conciliabule.
Un pays d’ombres ouvre ses signets,
Cendres blondes de l’instant, crépuscule.
…
27 septembre 2024
Dans la forêt complice, s’impatiente
L’oiseau, toujours gourmand d’herbe et de fruits.
Sur les bris de feuilles rouillées, l’attente
Revient frapper aux fenêtres du bruit.
…
Sous la mousse des nuages, les heures
Affamées forment un joyeux troupeau.
Le levant s’annonce au seuil des demeures,
Un matin neuf agite son plumeau.
…
Et, jusqu’à l’ultime lanterne où niche
Le grain de lumière, sur le chemin
De caillou en caillou avec la biche,
Je m’invite pour un autre festin.
…
C’est pourtant un automne qui dirige
Le vent dans les rosées de mon jardin.
Alors, faut-il cacher sous la volige
Les anciens trésors d’un été chafouin.
…
J’ai au cœur assez de secrètes plages,
Pour laisser le froid et l’obscurité
Au bruissement d’un silence en rage.
Je t’espère sur le sable esseulé.
…
A tes branches d’étoiles, je m’accroche
Quand le ciel là-haut étale son vœu.
Je sors nos beaux souvenirs de ma poche.
Des bouquets d’aube s’ouvrent sur le bleu.
…
15 septembre 2024
Si le dernier coquelicot parade,
Le vent craque le feuillage endormi.
Ça sent l’herbe jusqu’à cette rambarde
Où bourdonnent les voix de l’infini.
…
Les murmures d’absents dans ma rétine
Suintent tels des sanglots d’océans.
Mais l’âge fait le mur sur la patine
Du miroir au tain meurtri par les ans.
…
Et l’eau du temps coule dans la gouttière
Où la rouille hors d’elle occupait les lieux.
Déjà, l’orage enlace la crinière
Des roses désarmées au jardin vieux.
…
Les ombres, sous le buvard des fêlures
Retournent à la terre, leur écrin.
Des hordes de pluie battent la mesure.
Quelques gouttes s’arrêtent sur ma main.
…
Sur le fil, rassemblées, les hirondelles
Préparent leur vol vers d’autres étés.
Plus de vacarme près des balancelles,
Offrant les rires d’enfants au passé.
…
Voici l’automne qui tourne la page.
Un nuage en papier ouvre le bal.
Les guerriers se préparent à l’étage,
Des souvenances glissent sur l’étal.
…
Combien de soupirs dans le sac des lunes
Avons nous cachés pour fuir l’horizon.
L’heure grignote le ventre des dunes,
Je t’attends dans le pas de la saison.
…
12 septembre 2024
Sur l’horizon, s’entassent les bagages
De cet été, éternel baroudeur.
Une ombre s’agite dans les parages
Et chuchote dans les jardins du cœur.
…
A la porte des forêts, les grands arbres
Rêvent encore au chant des oiseaux.
Même si le hibou reste de marbre,
Dans le ciel gris, tournoient plusieurs corbeaux.
…
La bise revendique la poussière,
Quand la vigne colporte ses rumeurs.
Des flaques d’herbes jaunies en prière
Rapiècent leur étoffe avec douleur.
…
Les eaux de l’aube détrempent la pierre
Alors que je l’effleure de ma main.
Des racines au feuillage du lierre,
Le temps porte son fardeau clandestin.
…
Mais derrière les heures vieillissantes,
je tisse sans relâche le cocon
Où des restes de lueurs chancelantes
Habilleront de gaieté la saison.
…
Dans ma bouche, un silence s’abandonne
Les première rosées mouillent tes yeux
Sur mon écorce de brume, résonne
Le carillon du ciel et de ses feux.
…
6 septembre 2024
Le jour s’abandonne dans la coquille
Du vent, pareil à l’amour qui pétille
Insouciant, le long d’un buisson bleuté
A l’ombre des morsures de l’été.
…
Mais, sous la conque du temps qui mitraille
Chaque secret, des copeaux de grisaille
Lancent leur souffle amer vers le terrier
Où je cache notre dernier baiser.
…
De vains orages ferment les barrières
Où des mots égarés sur les rivières
Éclaboussent encore le galet
Du silence tissant son alphabet.
…
Par-delà les nuits sans sommeil, les tresses
Des saisons vêtent leurs brumes maîtresses.
Sur les chemins de l’automne, un frisson
Couvre la terre de son édredon.
…
Et, au point de septembre, la crécelle
Des années entraîne une ribambelle
Joyeuse d’images vers le ponton
Où nos cœurs se sont enfin amarrés.
…
Contre l’horizon où le soleil cède
Place, rien ne bouge dans la pinède.
Au phare des rosées, août déchu
Se sent bien seul sur son sentier, perdu.
…