Auteur/autrice : Cassiopee
11 octobre 2024
Sur la table de midi, l’eau bénite
De l’automne sent le musc et le cuir.
La fougère s’enracine et profite
De la tiédeur pour enfin s’endormir.
…
Vers le chemin qui mène à notre plage,
La dune arrondit son ventre doré.
Si le grain est rangé avant l’orage,
La cloche des ans sonne sans gaieté.
…
Et, à l’épine du jour qui s’accroche
Aux nuages tourmentés par le bruit,
Quelques aubes lointaines, sous la roche
Écrivent des vers pour chasser la nuit.
…
Mais, un verbe étourdi dans l’ambulance
A renversé sur le sol l’encrier.
Le berceau des poèmes en souffrance
Tangue parmi les ronces du sentier.
…
Si au temps d’octobre, des draps de brume
Cousent nos écorces au vent coquin ,
Des landes d’ombres frappent leur enclume
Quand je cache chaque mot dans ta main.
….
Alors, naîtront les épaisses froidures
Le long des champs et bois ébouriffés.
Viendras tu t’asseoir au bord des murmures.
Nous irons l’amble, rêves inventés.
…
6 octobre 2024
Sous le lierre de l’oubli, la saison
Reprise ses blouses et ses corsages.
L’automne retient sa respiration
Car bientôt, l’été sera au chômage.
…
L’orage a rougi les toits abîmés.
Des forêts infusent dans les nuages.
Au lointain, l’horizon semble apaisé,
Sa litière se couvre d’autres pages.
…
S’éloignant vers le chemin de la nuit,
La lumière est debout dans son carrosse.
Au chevet du temps qui s’endort sans bruit,
Se moque la lune ronde et si grosse.
…
Juste ce parfum de menthe au jardin
Caressant l’heure au milieu de l’attente.
Les asters repliés dans leur écrin
Apprécient encore calme et farniente.
…
Un silence déterre ses boulets
Comme un dernier répit sur la bruine
D’un poème s’accrochant aux volets
Déjà fermés sur les mots en ruine.
…
Mais, partout où je cherche la lueur,
S’écartent des buissons d’ombre marine.
Où que glisse ta vague sur mon cœur,
J’apprivoise ta houle clandestine.
…
Pour fuir avec la dernière moisson,
J’invente sel et eau dans notre malle.
Si le vent a tant d’imagination,
Plusieurs feuilles mortes jonchent la dalle.
…
Sans perdre la face de leurs secrets,
Les étoiles sont en conciliabule.
Un pays d’ombres ouvre ses signets,
Cendres blondes de l’instant, crépuscule.
…
27 septembre 2024
Dans la forêt complice, s’impatiente
L’oiseau, toujours gourmand d’herbe et de fruits.
Sur les bris de feuilles rouillées, l’attente
Revient frapper aux fenêtres du bruit.
…
Sous la mousse des nuages, les heures
Affamées forment un joyeux troupeau.
Le levant s’annonce au seuil des demeures,
Un matin neuf agite son plumeau.
…
Et, jusqu’à l’ultime lanterne où niche
Le grain de lumière, sur le chemin
De caillou en caillou avec la biche,
Je m’invite pour un autre festin.
…
C’est pourtant un automne qui dirige
Le vent dans les rosées de mon jardin.
Alors, faut-il cacher sous la volige
Les anciens trésors d’un été chafouin.
…
J’ai au cœur assez de secrètes plages,
Pour laisser le froid et l’obscurité
Au bruissement d’un silence en rage.
Je t’espère sur le sable esseulé.
…
A tes branches d’étoiles, je m’accroche
Quand le ciel là-haut étale son vœu.
Je sors nos beaux souvenirs de ma poche.
Des bouquets d’aube s’ouvrent sur le bleu.
…
15 septembre 2024
Si le dernier coquelicot parade,
Le vent craque le feuillage endormi.
Ça sent l’herbe jusqu’à cette rambarde
Où bourdonnent les voix de l’infini.
…
Les murmures d’absents dans ma rétine
Suintent tels des sanglots d’océans.
Mais l’âge fait le mur sur la patine
Du miroir au tain meurtri par les ans.
…
Et l’eau du temps coule dans la gouttière
Où la rouille hors d’elle occupait les lieux.
Déjà, l’orage enlace la crinière
Des roses désarmées au jardin vieux.
…
Les ombres, sous le buvard des fêlures
Retournent à la terre, leur écrin.
Des hordes de pluie battent la mesure.
Quelques gouttes s’arrêtent sur ma main.
…
Sur le fil, rassemblées, les hirondelles
Préparent leur vol vers d’autres étés.
Plus de vacarme près des balancelles,
Offrant les rires d’enfants au passé.
…
Voici l’automne qui tourne la page.
Un nuage en papier ouvre le bal.
Les guerriers se préparent à l’étage,
Des souvenances glissent sur l’étal.
…
Combien de soupirs dans le sac des lunes
Avons nous cachés pour fuir l’horizon.
L’heure grignote le ventre des dunes,
Je t’attends dans le pas de la saison.
…
12 septembre 2024
Sur l’horizon, s’entassent les bagages
De cet été, éternel baroudeur.
Une ombre s’agite dans les parages
Et chuchote dans les jardins du cœur.
…
A la porte des forêts, les grands arbres
Rêvent encore au chant des oiseaux.
Même si le hibou reste de marbre,
Dans le ciel gris, tournoient plusieurs corbeaux.
…
La bise revendique la poussière,
Quand la vigne colporte ses rumeurs.
Des flaques d’herbes jaunies en prière
Rapiècent leur étoffe avec douleur.
…
Les eaux de l’aube détrempent la pierre
Alors que je l’effleure de ma main.
Des racines au feuillage du lierre,
Le temps porte son fardeau clandestin.
…
Mais derrière les heures vieillissantes,
je tisse sans relâche le cocon
Où des restes de lueurs chancelantes
Habilleront de gaieté la saison.
…
Dans ma bouche, un silence s’abandonne
Les première rosées mouillent tes yeux
Sur mon écorce de brume, résonne
Le carillon du ciel et de ses feux.
…
6 septembre 2024
Le jour s’abandonne dans la coquille
Du vent, pareil à l’amour qui pétille
Insouciant, le long d’un buisson bleuté
A l’ombre des morsures de l’été.
…
Mais, sous la conque du temps qui mitraille
Chaque secret, des copeaux de grisaille
Lancent leur souffle amer vers le terrier
Où je cache notre dernier baiser.
…
De vains orages ferment les barrières
Où des mots égarés sur les rivières
Éclaboussent encore le galet
Du silence tissant son alphabet.
…
Par-delà les nuits sans sommeil, les tresses
Des saisons vêtent leurs brumes maîtresses.
Sur les chemins de l’automne, un frisson
Couvre la terre de son édredon.
…
Et, au point de septembre, la crécelle
Des années entraîne une ribambelle
Joyeuse d’images vers le ponton
Où nos cœurs se sont enfin amarrés.
…
Contre l’horizon où le soleil cède
Place, rien ne bouge dans la pinède.
Au phare des rosées, août déchu
Se sent bien seul sur son sentier, perdu.
…
29 août 2024
Si un frisson retrousse le corsage
Du matin, le vent farde la saison
Avec ses ailes chargées de nuages.
Dans mon sac, un sanglot à l’abandon.
…
Sur les bras du temps, les aubes lointaines
Assaillent le verbiage des oiseaux.
Mais, à cette heure, je suis à la traîne.
Le jour promène mon âme en lambeaux.
…
Alors, je traverse l’écho des cimes.
Éveillé sur la lande de demain,
Des couvées de mots naissent des abîmes
Où j’avais négligé l’ombre sans fin.
…
Il y a ce chemin flanqué d’absence,
Là, des étoiles bavardent tout bas.
Es-tu ici dans ce cosmos immense
Où suinte l’espoir, j’entends ton pas.
…
Au vent des soleils, j’éclaire la page
De l’horizon où des statues de sel
Papotent avant de fermer la cage
Où vit un souvenir intemporel.
…
Et s’effondre la colline aux cigales
A ne plus s’extasier de tes écrits.
Un brûlot de textes fuit les glaciales
Lunes où se cristallisent tes nuits.
…
Où que tu sois, l’oubli n’a pas de prise.
Ta lumière occupe chaque couloir
Menant au bleu du ciel qui hypnotise
Le cœur en exode vers ton dortoir.
…
En hommage à tous ceux qui nous manquent et à Bruno Bourdiol, ami d’écriture qui nous a quittés lors de l’été 2018. Son blog s’appelait la colline aux cigales, d’où la référence dans mon texte.
Sa lumière toujours présente au cœur..
13 août 2024
A l’aplomb des falaises, le matin
Suspend sa tenture neuve en satin.
La nuit regagne ses forêts obscures
Où se nourrissent rêves et murmures.
…
Le vieil arbre rempli de chants d’oiseaux
Voit ricocher les feuilles en lambeaux.
A cloche-pied, la rime se faufile
Entre les vers où le verbe est fertile.
…
Paresseux, le vent caresse un buisson
Où les mûres écloses, à foison,
Attendent que le jour des confitures
Érafle leurs tiges aux commissures.
…
Au jardin, le thym et le serpolet
Rampent sur les veines de mon poignet.
Lentement, la menthe fraise m’enlace.
Sans défense, l’heure laisse sa trace.
…
Posé sur les bois du chevreuil, demain
Semble accorder déjà son tambourin.
Dans mon regard, se vide cette cruche
Abritant le soleil fuyant sa ruche.
…
Vois ce cumulus au ciel adossé
Qui infuse en la courbure d’été.
Sur l’horizon alourdi de fougères,
Un parfum d’amour livre ses lumières.
…
Et, au mât du cœur, l’azur empalé
Réinvente ce conte suranné
Où l’aiguille fiévreuse des romances
Trompe nos destins avec l’espérance.
…
Ma petite récolte de mûres m’a inspiré ce poème…
5 août 2024
Dans les marges du ciel, l’aurore aiguise
Ses instruments assoupis au grenier.
Au loin, une nuit ferme sa valise,
Proposant aux lunes son vieux cahier.
…
Sur l’horizon nu où tes pas résonnent,
L’étoile se souvient de nos cailloux
Perdus entre les heures qui ronchonnent,
Quand bien même, apparaît le redoux.
…
Et, dans les prés où verdissent les herbes,
Le temps arrondit son dos de bourgeons.
Sans se préoccuper des pluies acerbes,
Il vaque à de sages occupations.
…
Des feux éclatent dans le jour de paille,
je traverse des orages remplis
De souvenirs foulés dans la broussaille.
Trouverais-je ton cœur dans le fouillis.
…
Plusieurs lampions s’allument en urgence,
Quand des soleils habitent mon cerveau.
Je défais le lacet des turbulences
Revient picorer dans ma main l’oiseau.
…
Aux confins des nuages, les guimbardes
De l’existence cherchent le trémas
Afin de révoquer quelques échardes.
Et la lumière nous ouvre ses bras.
…
24 juillet 2024
Au moulin de nos saisons, une brise
Invente des notes de sable et sel.
Un soleil joyeux sort de sa remise
Ses rayons qui illuminent le ciel.
…
Loin, les ombres cajolent le silence
Anesthésié dans le puits des moissons.
Et sous l’écorce de la confidence,
Le moindre secret est à l’abandon.
…
L’autel de juillet s’est rempli de trilles.
Par-delà les racines, le roulis
Des forêts crachote son estampille.
A la face des écureuils surpris.
…
Glisse le poème sous la bruyère.
Au bout des mots, je viens cueillir ta main.
La glycine étale sa crinière,
C’est pour mieux, nous cacher jusqu’à demain.
…
De feuille en feuille, le temps éclabousse
Nos cœurs de son coulis instantané.
Trouverons-nous un buvard sur la mousse
Pour calmer la brûlure de l’été.
..
Quand au soir déjà revenu, la lune
Éclaire notre récif oublié.
Un rêve impatient au ras de la dune
Nous enveloppe d’espoir dérobé.
…
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