Auteur/autrice : Cassiopee
28 septembre 2026
Contre les pierres où cogne mon pas,
Des chardons jaunis étreignent l’absence.
Le plomb de l’air tombe dans le fatras
Du jour niant jusqu’à son existence.
…
Jusqu’au sous-bois aux volets clos, fleurit
Le pourpre du temps au sein écarlate.
Un écho d’autres saisons rebondit
Sur l’hirondelle qui, déjà, se hâte.
…
Toujours cette lourdeur sur les barreaux
Des poèmes crucifiés aux fontaines.
Le ciel cabossé hors de son berceau
A perdu depuis des mois, ses mitaines.
…
Il y a tous ces matins muselés
Par le désordre de notre planète.
Quand, au clocher, l’angélus ébréché
Lance une ode impudente et désuète.
…
Alors, je vais par ce chemin d’été
Cueillir le chant de l’oiseau qui défroisse
Le nuage esseulé et affamé
De lumière pour oublier l’angoisse.
…
Parce que l’automne ouvre son rideau,
Là, où tout s’écroule en ma citadelle,
Sur ta branche, j’accroche mon flambeau
Et je vole sur ton cœur passerelle.
…
12 septembre 2026
Jupon carmin, je suis coquelicot.
Dans les prés, je bâtis des cathédrales.
Herbe sauvage au milieu du fagot
Des soleils qui soulèvent mes pétales.
…
Sur la haute branche, je suis oiseau.
Rouge-gorge ou hibou, je vagabonde.
Un battement d’ailes sous le rideau
Des nuages pour conquérir le monde.
…
Je suis le printemps au bal des saisons
Qui chasse des aubes les jours de doute.
Je suis la promesse vers l’horizon,
Des graines d’espoir semées sur la route.
…
Clapotis ou ressac, je suis la mer
Qui fend la lumière tel un mirage.
Apaisante l’hiver comme l’été,
Pour ton âme en paix, je suis le passage.
…
Étoile assise sur l’éternité,
Dans l’onde des nuits, je suis la grande Ourse.
Si je réinvente l’inachevé,
C’est pour contrôler la terre et sa course.
…
Sur la main du vent, je suis alphabet.
Dans un lâcher de silence, un poème
Saborde les ombres tel un soufflet
Et chaloupe vers mon pays bohème.
…
Enchaîné aux futaies du cœur ému,
Je suis sentiment sous l’humus de l’heure.
L’amour dévale les pentes, repu
Quand la passion demeure, ainsi soit- je.
…
J’ai proposé ce poème à Chris pour son défi mensuel : portrait ou autoportrait
http://www.poetika17.com/
5 septembre 2026
Un rêve file au dessus du silence
Vers un ciel nouveau et inexploré.
Dans son enclos, le temps s’est embourbé,
Les mains liées au mât de l’existence.
…
Déjà, l’imaginaire fait ses gammes
Sous le pont où le chant grave des eaux
Berce sans fin des brassées de roseaux,
Juste pour écrire un joli programme.
…
Mais la nuque fraîche des hautes herbes
Brille de rosées à lever les mots
Cousus aux semelles de mes ballots.
Sur les ronces, s’accrochent quelques verbes.
…
Est-ce l’aube, cette porte qui claque.
Dans le loin, un jour grime l’escalier
Et les cauchemars dans le cendrier
Ne sont plus que de vieux spectres opaques.
…
Un soleil époussette ses écailles
Sur le pluriel des chemins de hasard.
Mon âme rencontre enfin ton regard.
Tu me donnes la main hors de la faille.
…
L’été s’invite à l’occasion précieuse.
Nous voici sur les ailes de l’oiseau.
J’aperçois les contreforts du château,
Ce nid pour accueillir l’heure amoureuse.
…
30 août 2026
S’en va le jour sur le sable abyssal
Quand nous gravons nos baisers sur la roche.
La nuit s’éloigne sur le littoral
Où la noirceur de l’hiver se rapproche.
…
Presque Nous au bord des mots délaissés
Dans les étreintes d’une âme céleste.
Au creux du vide, sont enracinés
Nos poèmes soupirant dans leur sieste.
…
Tout juste ces reflets sur le buvard
Du temps, comme des ombres familières
Laissant une trace vers le regard
Et la résonance d’autres lumières.
…
La sève qui s’éclipse sur nos peaux
Enlace nos rêves de cathédrale.
Je viens prendre ta main et les rameaux
D’une cinquième saison en cavale.
…
Un soleil incliné sur l’horizon
Caresse avec tendresse nos visages.
Aux pieds des dunes, le dernier rayon
Oblitère les enclos des nuages.
…
A la moindre ombre, ne pas tressaillir
D’un verbe à l’autre, des aubes nouvelles
Effleurent les alphabets des désirs.
L’humus entretient le chant des ombelles.
…
19 août 2026
Des poèmes errent sur l’horizon,
Serrés contre les poteaux d’un nuage.
Le soleil cadenasse son lampion
Dans l’enclos des époques sans visage.
…
Un bouquet d’ombres sous les arbrisseaux
Étire son silence cathédrale.
Sur sa litière, le temps vermisseau
L’observe par le hublot de sa cale.
…
Mais, coincé entre les rocs du destin,
Un été s’annonce au chevet des lampes
Éteintes aux toits de nos lendemains.
Brûlera-t’il jusqu’à ses propres hampes.
…
Sur la sente de l’ennui, un lâcher
De jours immobiles tient la chandelle
Aux aubes délaissant dans leur grenier
Les foulards d’une espérance irréelle.
…
Faut t’il revenir des mots larmoyants
Pour vaincre la peur de l’oiseau aphone.
Le dérèglement allaite un néant
Où tombe ma plume bien monotone.
…
Là où je pose mon cœur de papier,
Des souvenirs traversent le vestiaire.
Quand l’averse servait le jardinier,
L’écrit prenait un autre itinéraire.
…
10 août 2026
Quand devant l’aube, la nuit se prosterne,
Les vallées du temps déjà ébréché
Par les ombres sorties de la caserne
Ouvrent leurs livres au jour chiffonné.
…
L’heure a soif, ses bras criblés de chardons,
Elle ausculte le ciel pour une offrande
Mais, dans la chambre d’été, les violons
Du rêve s’agitent en sarabande.
…
Le matin s’essouffle entre les bosquets
Et dans le jaune silence des chaumes,
S’effondre la mémoire des reflets
Du passé arguant d’un autre royaume.
…
Ils survolent la crête de l’absence,
Ces grands oiseaux déracinés, déchus,
Dont les chants lèchent cette grande urgence
Où nous avons enterré leurs tribus.
…
Comme les terres asséchées, s’étiole
Le verbe du poète accaparé
Par les bruits du dehors, la camisole
Piégeant le monde et sa réalité.
…
Si, dans mes veines coule une rivière,
Les caniveaux sont gorgés de mes cris.
Jusqu’au marches du soleil, ma prière
S’enlise dans le futur en sursis.
…
3 août 2026
Au murmure des cils, le coquillage
Rejoint la dune blanche du matin
Et jusqu’au sang détrempé du nuage,
L’heure s’éveille sous son palanquin.
…
Je reviens enfin de ces eaux lointaines
De l’estuaire, qui, dans mon soupir,
Semble appauvri, happé par les fournaises
De la saison qui aimerait s’enfuir.
…
Si l’azur aux mains calleuses naufrage
Entre les bras de la plage sans tain,
Ton nom comme une liqueur d’eau sauvage
Court par-delà les murs du temps chagrin.
…
Alors, à la crête des vagues, traîne
Un soleil d’enfance aux rêves chargés
De marées ensablant l’histoire vaine
Quand l’oubli a déjà les pieds mouillés.
…
Entre les vieux roseaux et la bruyère,
Se mêle le sel aux verbes hâlés.
Là-bas, l’horizon peigne sa crinière,
Son regard tourné vers l’éternité.
…
Dans la marelle des algues marines,
Quelques bois flottés glissent sans élan.
J’entrebaille des parfums de résine
Offrant les secrets d’un bout d’océan.
…
23 juillet 2026
Sur la chair des vagues, l’encre fumante
Se tient debout et tisse son cocon,
Quand bien même, les heures rougissantes
Interpellent le ressac sans façon.
…
Si un voile d’eau raconte l’histoire
Au fragile des jours déjà hâlés,
Les embruns dans le sac de la mémoire
Bruissent au fil du vent, attachés.
…
Vois ces ombres refoulées, en prière
Dans la crypte du silence bougon.
Quand les dunes crépitent de lumière,
Le poids du temps flotte sur la saison.
…
Dans les marges de sel, ta bouche humide
S’ouvre sur la promesse de l’azur.
Ourlé de brise, l’océan se ride
Sans renoncer à son secret impur.
…
Loin, l’horizon mordu par un nuage
Installe le toit de son chapiteau.
Et nos baisers surfent sur cette plage,
Ton cœur égaré devient ma maison.
…
Au détour de nos écumes fougueuses,
La peau à vif, s’assoit l’inabouti.
Le soir tombe dans les marées nicheuses.
Viens enlacer mon corps origami.
…
16 juillet 2026
Au crépuscule où meurt la turbulence,
La petite ourse allume son néon.
J’écoute au jardin le chant du silence
Qui jette sur le jour sa partition.
…
Si la pénombre éclabousse la sente,
Le soleil a laissé choir son fardeau.
Ultime lueur dévalant la pente.
Entre les branchages, se tait l’oiseau.
…
S’ouvrent au cœur des âmes souveraines
Les flambeaux agités par le hasard.
Juillet s’est dénudé de deux semaines,
Ses rêves accrochés dans le placard.
…
Après la morsure, un brûlot d’étoiles
Colore les toits de teinte safran.
Est-ce que la chaleur a mis les voiles.
Le temps traîne ses pieds hors du divan.
…
Déjà l’heure où le vent usé s’apaise,
Le nuage froissé sort son mouchoir
Pour essuyer les soupirs de la braise.
Une constellation cherche un bougeoir.
…
Sous mon écorce, brille la lumière.
La nuit s’y cogne comme un papillon.
Reviendras-tu contre mon réverbère
Pour qu’on s’envole sur ton horizon.
…
8 juillet 2026
Huit heures au clocher de mon village,
Les roses jaunies soupirent déjà.
Son lit défait, renonce le nuage.
Le ciel, rivière sans eau, attendra.
…
Pourtant, le jour s’habille de promesses.
La brise ourle l’heure de chants d’oiseaux.
Sous le porche où le lierre dit la messe,
Des ombres rapiècent leurs vieux rideaux.
…
Loin, un feu court sur la lande et trépigne.
Sa morsure pénètre les bosquets.
Rien ne le détourne, même la vigne
Va y passer, la mort prend les forêts.
…
Sans abri, l’été fore ses crevasses
Le long des orties du chemin perdu.
Là, les mots ont étendu leurs carcasses.
Couché dans les ronces, l’espoir s’est tu.
…
L’horizon fuit, emportant mon rêve.
Si nous avons creusé notre tombeau,
Quel gouvernant accordera sa trêve
A la terre sombrant sur son vaisseau.
…
Les blés moissonnés un mois à l’avance,
La planète a tout perdu au tripot.
Un souvenir au phare de l’enfance
Pleure en vain, fane le coquelicot.
…