Auteur/autrice : Cassiopee
14 juin 2026
Au nu de l’ombre, s’engouffre l’attente.
Déjà se fond mon écorce de sel.
Entre les stèles de l’aube, s’invente
Un feu sur l’horizon intemporel.
…
L’oiseau dort encore sur les branchages
Où s’accrochent nos secrets oubliés.
Écoute battre au cœur des marécages
Le vieux tambour des roseaux burinés.
…
Là, de cailloux en pierres, les racines
Enlacent le ru où l’éternité
Abandonne ses rêves d’orpheline
Devant la danse folle du passé.
…
Ensemble, il faut ouvrir l’émeraude
Des nuages jusqu’au moindre poinçon.
Si le vent de terre souffle et maraude,
Le matin gris se trompe de saison.
…
Vers l’errance des pas, des cathédrales
De mots envers et contre le soleil
Enterrent leurs aiguilles végétales
Tout au creux de nos amours en sommeil.
…
Il est temps de quitter ce ciel albâtre.
Du chant séculaire à l’inachevé,
Les rosées abreuvent l’heure acariâtre,
Où je dérive, je suis bois flotté.
…
3 juin 2026
Pendant que l’heure s’efface au gisant
Du jour effondré contre la colline,
La première étoile au ciel se devine.
Des mains de papier comblent le couchant.
…
A même le crépuscule, l’oiseau
Dessine des arabesques soyeuses.
Les forêts de mots toujours racoleuses
Posent leurs syllabes sur le carreau.
…
Ma peau s’imprègne du temps souverain.
Un poème rejoint la terre humide
Des ténèbres qui affichent leurs rides.
Une brise chamane écrit demain.
…
Il me faut quitter la route du soir
Où le soleil éreinté cherche une halte.
Une lune court au ras de l’asphalte
A la recherche d’un joli miroir.
…
Des odeurs de basilic au jardin
Soulèvent la paupière du silence.
L’horizon rampe sur mon inconscience.
Une source vive ouvre son écrin.
…
Si tu frissonnes dans mes draps ourlés
De comètes en fleurs, l’aube m’assaille
Avec ses consonnes nées de la faille
Où se gravent les rêves désarmés.
…
25 mai 2026
Si loin des guerres et des idolâtres,
Il y a cette source d’alphabets
Où la bienveillance nourrit les pâtres
Au-dessus des mots vains et des pamphlets.
…
Ici, un champ de poèmes s’éveille.
Et sur un épi de blé, un oiseau
Questionne le matin neuf qui surveille
Le jet de la fontaine et les points d’eau.
…
Sous les racines du soleil, patiente
Un été rougi de coquelicots.
Quelques strophes s’attardent dans ma tente
Où la saison a rangé ses sabots.
…
Voici venu le temps des épousailles.
Le chèvrefeuille et le jasmin unis
Dans un bruissement de la rocaille.
Leur encrier abreuve l’infini.
…
Au clair de terre, nos cœurs d’églantine
Infusent dans l’humus tiédi du vent.
Ton parfum agrippé à ma rétine
Me fredonne son refrain impatient.
…
Nos plumes rincées au bleu des nuages
Rasent les herbes folles du chemin.
Je vois descendre des lunes, les pages
Où nous écrirons un autre destin.
…
13 mai 2026
Les alphabets aux bras de l’écriture
Ignorent la plainte du calepin.
Mais un raffut joyeux sur la ramure
Vient ébrouer les arbres du matin.
…
Au souffle du temps, renaît cette page
Où frémit le bruissement des mots.
Dans les canopées, ramage et plumage
Se redressent enfin sur leurs pivots.
…
Au lointain, sifflent les balles des guerres.
Des conflits séculaires installés
Rongent les vies, les humains et leurs terres.
Comment arrêter les fous programmés.
…
Si dégringolent les cailloux de l’heure
Entre les murmures de mes crayons,
L’espoir neuf pointe son nez et demeure
Accroché au cœur rempli de bourgeons.
…
La lueur flirte avec l’ombre et piétine
Un silence agitant son vieux mouchoir.
Où que tu sois, collé à ta rétine,
Le rêve t’emporte vers mon boudoir.
…
Ouvrons les portes de la citadelle
Le jour accueille le printemps disert.
L’herbe folle pousse dans ma chapelle
Allumons des flambées dans le désert.
…
3 mai 2026
A même la terre où court un poème,
L’alphabet racle ses souliers crottés.
Quelques ombres attisent leur énième
Plaidoyer jusqu’aux arbres défroqués.
…
Et au creux du cœur endormi, les cernes
Glacés intimident les armadas
De pensées oubliées dans leur cavernes.
Seul un reflet brille dans le lilas.
…
Aussi, pour chasser la nuit, les voyelles
posent sur l’autel du temps leur projet.
En ouvrant les volets de leurs tourelles,
Les oiseaux de l’aube vont au banquet.
…
Si entre les cailloux des chemins, pousse
L’herbe tant joyeuse, dessous l’humus,
La chimère d’un coquelicot glousse.
Jusqu’aux racines, tremblent les feuillus.
…
Le soleil franchit enfin les collines
Dans le fracas des giboulées coton.
Même quand un épi de vent fulmine,
L’espérance étreint notre vieux buisson.
…
Posées sur le bord de nos bavardages,
Les stèles mouillées d’autres lendemains
Nous invitent désormais au voyage.
Alors, si nous allions semer le grain.
…
25 avril 2026
Les volets auraient besoin de peinture
Quand la balançoire approuve, témoin.
Un souffle tiède s’invite en bordure
De la glèbe des ombres en déclin.
…
Soudain, le parfum du muguet s’éveille
Et, pressé de vivre, chante l’oiseau.
Les épis du matin dans ma corbeille
S’affairent en quête de leur chapeau.
…
Jusqu’aux tempes du ciel qui se pomponne,
La saison berce le thym endormi.
Mais, au cœur de l’aubépine, bourdonne
L’abeille carambolant la fourmi.
…
Blotties dans un bourgeon, des gouttelettes
Intemporelles créent l’horizon.
Le roseau courbé chuchote aux clochettes
Un récit et chaque fleur tient salon.
…
Aux croisées des bois fleuris, il est l’heure
De courir sur les chemins buissonniers.
Prends ma main et sortons de la demeure.
Sur l’autre rive, oublions les dossiers.
…
D’herbe en fougères, la brise décoiffe
Les alphabets cachés dans le pistil.
Quand bien même le soleil nous assoiffe,
Au soir, nous dormons dans les draps d’avril.
…
16 avril 2026
Les ombres ont fondu dans les crevasses
Quand d’autres hivers s’y cachent déjà.
Mais il suffit de boire quelques tasses
De lumière pour changer son karma.
…
Et dans les saignées des lunes, ruisselle
Un vieux silence écorché par des feux.
L’aube peint en rose sa balancelle.
Au levant, renaît un soleil glorieux.
…
Des couvées de lierre assaillent le porche
Où suintent des souvenirs d’été.
Au clair du matin brandissant sa torche,
Je prends ton bras où l’espoir s’est posé.
…
Ce qu’il reste de la nuit sur mon âme
Glisse soudain dans la gorge du jour.
Un murmure laisse place à la trame
D’un écrit à l’eau de rose et d’amour.
…
Le ciel bleu sur ton épaule fredonne
Ses comptines et l’azur affamé
Harangue la saison qui carillonne
A la porte des rêves délaissés.
…
Au lointain, la mer chante sa romance
Un chant démâté vogue sur les flots.
Mais les pollens prennent la confiance
En enlaçant nos cœurs coquelicots.
…
9 avril 2026
Mais, où sont donc passées les madeleines
Ordonnancées dans le placard du haut.
Charmantes pâtisseries quotidiennes,
Un gourmand aurait t’il donné l’assaut.
…
Aux croisées des estomacs en détresse,
Une brioche offre son réconfort.
Le petit déjeuner devient kermesse
Pour soulager l’âme de son effort.
…
Et, à la barbe des vieilles froidures,
La tasse chaude attend sur le plateau,
Café et thé offrent candidatures
Pour nous réchauffer contre le carreau.
…
S’opère une tentation éphémère
Entre les jolies tasses du matin.
Un espoir nouveau offre sa lumière
A l’autel du jour, fleurit un festin.
…
La biscotte courtise la tablette
Mélange de fève de cacao
Avec la pointe de sucre en goguette.
En voilà un charmant scénario.
…
La télé braille ses tristes nouvelles.
Mais, au devant, mijote un coup d’état
Pour laisser à l’oubli les ritournelles.
Viens, allons boire ce doux chocolat.
…
Texte que j’ai proposé à Chris pour son défi mensuel sur le chocolat dans tous ses états : http://www.poetika17.com/
30 mars 2026
Quand au fond de leur placard, les ombrelles
S’agitent et se mettent au travail,
Les noces du hasard dans leurs chapelles
Nous invitent à ranger le chandail.
…
Au soleil de l’attente, une corolle
Fleurit à même le sol du matin.
Voici que sur le vieux tarmac, décolle
Le printemps larguant un sommeil lointain.
…
Un oiseau débusque la lueur blanche
Sur l’écorce d’avril déjà vêtu
D’écrits brûlants quand la nuit se retranche
Sous les ombres décharnées d’un feuillu.
…
Coincé dans ses cauchemars, le silence
Placarde encore sa noire rumeur.
Mais le merle reprend la présidence
Car il nous charme en étant bon chanteur.
…
Le vent sème son alphabet au large
Et contre les volets de la saison,
L’espoir se pavane en haut de la marge
D’un petit poème qui tient salon.
…
Parmi les voyelles que j’apprivoise
Entre les mots, je bâtis mon terrier
De là où tu es, vois-tu mon ardoise.
Les heures ouvrent leur calendrier.
…
Je t’attends sur le feuillage apatride
Où la brume lave chaque soupir.
Sur le papier qui est ma pyramide,
je gratte la lumière, l’avenir.
…
20 mars 2026
Une lumière frêle se faufile
Entre les herbes, effluve futile.
Mais si l’aube se courbe dans l’ennui,
Le ciel pense que l’hiver est fini.
…
Alors, je pose l’espoir sur l’écorce
Du silence et le temps réamorce
La conversation avec les oiseaux.
S’échappe la nuit au creux des ormeaux.
…
Tandis que je grimpe jusqu’aux nuages
Ballottant des ombres dans le cirage,
Je vois bien que la lune a le tournis
Là-haut, tous les blizzards sont ahuris.
…
Vénus déballe son sac où l’attente
Gratte l’ourlet de la saison prudente.
L’écho du jour réveille les ruisseaux
Où pleuraient encore les vieux roseaux.
…
Des senteurs retenues dans les collines
Imposent un soupir sur les babines
De ce printemps dont le souffle carmin
Fait tourner les ailes de mon moulin.
…
Quelques iris défont leur muselière
Dans le tapage des mots en lisière.
Et chavire l’ombre dans le fossé
Où le froid s’était longtemps installé .
…
Au sable des pensées, chaque promesse
Lâche son pâle duvet et s’empresse
D’indiquer la porte ouvrant le sentier
A l’agitation du calendrier.
…