Auteur/autrice : Cassiopee
16 juillet 2026
Au crépuscule où meurt la turbulence,
La petite ourse allume son néon.
J’écoute au jardin le chant du silence
Qui jette sur le jour sa partition.
…
Si la pénombre éclabousse la sente,
Le soleil a laissé choir son fardeau.
Ultime lueur dévalant la pente.
Entre les branchages, se tait l’oiseau.
…
S’ouvrent au cœur des âmes souveraines
Les flambeaux agités par le hasard.
Juillet s’est dénudé de deux semaines,
Ses rêves accrochés dans le placard.
…
Après la morsure, un brûlot d’étoiles
Colore les toits de teinte safran.
Est-ce que la chaleur a mis les voiles.
Le temps traîne ses pieds hors du divan.
…
Déjà l’heure où le vent usé s’apaise,
Le nuage froissé sort son mouchoir
Pour essuyer les soupirs de la braise.
Une constellation cherche un bougeoir.
…
Sous mon écorce, brille la lumière.
La nuit s’y cogne comme un papillon.
Reviendras-tu contre mon réverbère
Pour qu’on s’envole sur ton horizon.
…
8 juillet 2026
Huit heures au clocher de mon village,
Les roses jaunies soupirent déjà.
Son lit défait, renonce le nuage.
Le ciel, rivière sans eau, attendra.
…
Pourtant, le jour s’habille de promesses.
La brise ourle l’heure de chants d’oiseaux.
Sous le porche où le lierre dit la messe,
Des ombres rapiècent leurs vieux rideaux.
…
Loin, un feu court sur la lande et trépigne.
Sa morsure pénètre les bosquets.
Rien ne le détourne, même la vigne
Va y passer, la mort prend les forêts.
…
Sans abri, l’été fore ses crevasses
Le long des orties du chemin perdu.
Là, les mots ont étendu leurs carcasses.
Couché dans les ronces, l’espoir s’est tu.
…
L’horizon fuit, emportant mon rêve.
Si nous avons creusé notre tombeau,
Quel gouvernant accordera sa trêve
A la terre sombrant sur son vaisseau.
…
Les blés moissonnés un mois à l’avance,
La planète a tout perdu au tripot.
Un souvenir au phare de l’enfance
Pleure en vain, fane le coquelicot.
…
1 juillet 2026
Les crues des nuits ont déversé leurs ombres
Dans le tournis du temps, sans émotion.
Si le silence gît dans les décombres,
La cigale s’endort sans édredon.
…
Mais, vers là-bas, des portées de nuages
Égouttent leurs velours cendré dans l’eau.
S’ouvrent les murmures de nos mirages
La mer fugue en emportant mon château.
…
Sur la pointe des pieds, l’aube façonne
Le ciel quand ton étoile entre au bercail.
Au-dessus des siècles, l’été chantonne
Un vent du sud ouvre son soupirail.
…
Si tes mots ont nourri mon écriture,
Dans les forêts du cœur, le pas léger
Du souvenir crisse sur l’engelure
Que ton départ empêche d’oublier.
…
Le crépuscule grimpe sur la rampe.
Un hiver est toujours dans l’escalier.
Mais, chaque matin, j’allume ta lampe
Qui réchauffe ma plume et l’encrier.
…
Je te vois le long des landes lointaines
Tu contemples la main dans le chapeau *
Chaque heure qui s’écoule des fontaines.
Tes collines chaulées d’un chant d’oiseau.
…
Nota : en référence à un livre de Bruno s’intitulant la main dans le chapeau.
Bruno Bourdiol nous a quittés le 3/07/2018 à l’âge de 56 ans. J’ai écrit beaucoup de textes pour lui rendre hommage. Il a toujours été pour moi, un maître d’écriture. Sa lumière continue d’éclairer mon chemin.
Son blog s’appelait la colline aux cigales
24 juin 2026
Comprimé sur l’étau, le sel des mots
Transpire dans la torpeur du silence.
Plus loin, la mer agite ses grelots.
Le sable s’endort dans la turbulence.
…
Son gosier sec, l’oiseau cherche un abreuvoir.
Les roses en sursis font grise mine.
Dans le jardin fendillé, vrai mouroir,
Même la pierre tremble sous l’épine.
…
Seul, s’exhale le parfum accablé
De la menthe sous nos frêles ombrelles.
Le rêve engourdi n’est plus que vacuité
Et les chevaux de feu sont citadelles.
…
Les chevreuils harassés, trop assoiffés
Abandonnés dans leurs forêts bouilloires
Se contentent de feuillages froissés,
Accrochés aux visions d’autres victoires.
…
Dans l’heure qui monte sous la paupière,
Ma carcasse ignore cette chaleur.
Jusqu’aux cendres rougies de la lumière,
Je fuis vers la pergola de ton cœur.
…
Sans répit, le matin déjà claqué
Revient ligoter le temps aux pendules.
Au chas de l’ombre, se suspend la clé
Quand s’installe ce jour de canicule.
…
14 juin 2026
Au nu de l’ombre, s’engouffre l’attente.
Déjà se fond mon écorce de sel.
Entre les stèles de l’aube, s’invente
Un feu sur l’horizon intemporel.
…
L’oiseau dort encore sur les branchages
Où s’accrochent nos secrets oubliés.
Écoute battre au cœur des marécages
Le vieux tambour des roseaux burinés.
…
Là, de cailloux en pierres, les racines
Enlacent le ru où l’éternité
Abandonne ses rêves d’orpheline
Devant la danse folle du passé.
…
Ensemble, il faut ouvrir l’émeraude
Des nuages jusqu’au moindre poinçon.
Si le vent de terre souffle et maraude,
Le matin gris se trompe de saison.
…
Vers l’errance des pas, des cathédrales
De mots envers et contre le soleil
Enterrent leurs aiguilles végétales
Tout au creux de nos amours en sommeil.
…
Il est temps de quitter ce ciel albâtre.
Du chant séculaire à l’inachevé,
Les rosées abreuvent l’heure acariâtre,
Où je dérive, je suis bois flotté.
…
3 juin 2026
Pendant que l’heure s’efface au gisant
Du jour effondré contre la colline,
La première étoile au ciel se devine.
Des mains de papier comblent le couchant.
…
A même le crépuscule, l’oiseau
Dessine des arabesques soyeuses.
Les forêts de mots toujours racoleuses
Posent leurs syllabes sur le carreau .
…
Ma peau s’imprègne du temps souverain.
Un poème rejoint la terre humide
Des ténèbres qui affichent leurs rides.
Une brise chamane écrit demain.
…
Il me faut quitter la route du soir
Où le soleil éreinté cherche une halte.
Une lune court au ras de l’asphalte
A la recherche d’un joli miroir.
…
Des odeurs de basilic au jardin
Soulèvent la paupière du silence.
L’horizon rampe sur mon inconscience.
Une source vive ouvre son écrin.
…
Si tu frissonnes dans mes draps ourlés
De comètes en fleurs, l’aube m’assaille
Avec ses consonnes nées de la faille
Où se gravent les rêves désarmés.
…
25 mai 2026
Si loin des guerres et des idolâtres,
Il y a cette source d’alphabets
Où la bienveillance nourrit les pâtres
Au-dessus des mots vains et des pamphlets.
…
Ici, un champ de poèmes s’éveille.
Et sur un épi de blé, un oiseau
Questionne le matin neuf qui surveille
Le jet de la fontaine et les points d’eau.
…
Sous les racines du soleil, patiente
Un été rougi de coquelicots.
Quelques strophes s’attardent dans ma tente
Où la saison a rangé ses sabots.
…
Voici venu le temps des épousailles.
Le chèvrefeuille et le jasmin unis
Dans un bruissement de la rocaille.
Leur encrier abreuve l’infini.
…
Au clair de terre, nos cœurs d’églantine
Infusent dans l’humus tiédi du vent.
Ton parfum agrippé à ma rétine
Me fredonne son refrain impatient.
…
Nos plumes rincées au bleu des nuages
Rasent les herbes folles du chemin.
Je vois descendre des lunes, les pages
Où nous écrirons un autre destin.
…
13 mai 2026
Les alphabets aux bras de l’écriture
Ignorent la plainte du calepin.
Mais un raffut joyeux sur la ramure
Vient ébrouer les arbres du matin.
…
Au souffle du temps, renaît cette page
Où frémit le bruissement des mots.
Dans les canopées, ramage et plumage
Se redressent enfin sur leurs pivots.
…
Au lointain, sifflent les balles des guerres.
Des conflits séculaires installés
Rongent les vies, les humains et leurs terres.
Comment arrêter les fous programmés.
…
Si dégringolent les cailloux de l’heure
Entre les murmures de mes crayons,
L’espoir neuf pointe son nez et demeure
Accroché au cœur rempli de bourgeons.
…
La lueur flirte avec l’ombre et piétine
Un silence agitant son vieux mouchoir.
Où que tu sois, collé à ta rétine,
Le rêve t’emporte vers mon boudoir.
…
Ouvrons les portes de la citadelle
Le jour accueille le printemps disert.
L’herbe folle pousse dans ma chapelle
Allumons des flambées dans le désert.
…
3 mai 2026
A même la terre où court un poème,
L’alphabet racle ses souliers crottés.
Quelques ombres attisent leur énième
Plaidoyer jusqu’aux arbres défroqués .
…
Et au creux du cœur endormi, les cernes
Glacés intimident les armadas
De pensées oubliées dans leur cavernes.
Seul un reflet brille dans le lilas.
…
Aussi, pour chasser la nuit, les voyelles
posent sur l’autel du temps leur projet.
En ouvrant les volets de leurs tourelles,
Les oiseaux de l’aube vont au banquet.
…
Si entre les cailloux des chemins, pousse
L’herbe tant joyeuse, dessous l’humus,
La chimère d’un coquelicot glousse.
Jusqu’aux racines, tremblent les feuillus.
…
Le soleil franchit enfin les collines
Dans le fracas des giboulées coton.
Même quand un épi de vent fulmine,
L’espérance étreint notre vieux buisson.
…
Posées sur le bord de nos bavardages,
Les stèles mouillées d’autres lendemains
Nous invitent désormais au voyage.
Alors, si nous allions semer le grain.
…
25 avril 2026
Les volets auraient besoin de peinture
Quand la balançoire approuve, témoin.
Un souffle tiède s’invite en bordure
De la glèbe des ombres en déclin.
…
Soudain, le parfum du muguet s’éveille
Et, pressé de vivre, chante l’oiseau.
Les épis du matin dans ma corbeille
S’affairent en quête de leur chapeau.
…
Jusqu’aux tempes du ciel qui se pomponne,
La saison berce le thym endormi.
Mais, au cœur de l’aubépine, bourdonne
L’abeille carambolant la fourmi.
…
Blotties dans un bourgeon, des gouttelettes
Intemporelles créent l’horizon.
Le roseau courbé chuchote aux clochettes
Un récit et chaque fleur tient salon.
…
Aux croisées des bois fleuris, il est l’heure
De courir sur les chemins buissonniers.
Prends ma main et sortons de la demeure.
Sur l’autre rive, oublions les dossiers.
…
D’herbe en fougères, la brise décoiffe
Les alphabets cachés dans le pistil.
Quand bien même le soleil nous assoiffe,
Au soir, nous dormons dans les draps d’avril.
…
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