Catégorie : Nuées poétiques
28 septembre 2026
Contre les pierres où cogne mon pas,
Des chardons jaunis étreignent l’absence.
Le plomb de l’air tombe dans le fatras
Du jour niant jusqu’à son existence.
…
Jusqu’au sous-bois aux volets clos, fleurit
Le pourpre du temps au sein écarlate.
Un écho d’autres saisons rebondit
Sur l’hirondelle qui, déjà, se hâte.
…
Toujours cette lourdeur sur les barreaux
Des poèmes crucifiés aux fontaines.
Le ciel cabossé hors de son berceau
A perdu depuis des mois, ses mitaines.
…
Il y a tous ces matins muselés
Par le désordre de notre planète.
Quand, au clocher, l’angélus ébréché
Lance une ode impudente et désuète.
…
Alors, je vais par ce chemin d’été
Cueillir le chant de l’oiseau qui défroisse
Le nuage esseulé et affamé
De lumière pour oublier l’angoisse.
…
Parce que l’automne ouvre son rideau,
Là, où tout s’écroule en ma citadelle,
Sur ta branche, j’accroche mon flambeau
Et je vole sur ton cœur passerelle.
…
19 août 2026
Des poèmes errent sur l’horizon,
Serrés contre les poteaux d’un nuage.
Le soleil cadenasse son lampion
Dans l’enclos des époques sans visage.
…
Un bouquet d’ombres sous les arbrisseaux
Étire son silence cathédrale.
Sur sa litière, le temps vermisseau
L’observe par le hublot de sa cale.
…
Mais, coincé entre les rocs du destin,
Un été s’annonce au chevet des lampes
Éteintes aux toits de nos lendemains.
Brûlera-t’il jusqu’à ses propres hampes.
…
Sur la sente de l’ennui, un lâcher
De jours immobiles tient la chandelle
Aux aubes délaissant dans leur grenier
Les foulards d’une espérance irréelle.
…
Faut t’il revenir des mots larmoyants
Pour vaincre la peur de l’oiseau aphone.
Le dérèglement allaite un néant
Où tombe ma plume bien monotone.
…
Là où je pose mon cœur de papier,
Des souvenirs traversent le vestiaire.
Quand l’averse servait le jardinier,
L’écrit prenait un autre itinéraire.
…
10 août 2026
Quand devant l’aube, la nuit se prosterne,
Les vallées du temps déjà ébréché
Par les ombres sorties de la caserne
Ouvrent leurs livres au jour chiffonné.
…
L’heure a soif, ses bras criblés de chardons,
Elle ausculte le ciel pour une offrande
Mais, dans la chambre d’été, les violons
Du rêve s’agitent en sarabande.
…
Le matin s’essouffle entre les bosquets
Et dans le jaune silence des chaumes,
S’effondre la mémoire des reflets
Du passé arguant d’un autre royaume.
…
Ils survolent la crête de l’absence,
Ces grands oiseaux déracinés, déchus,
Dont les chants lèchent cette grande urgence
Où nous avons enterré leurs tribus.
…
Comme les terres asséchées, s’étiole
Le verbe du poète accaparé
Par les bruits du dehors, la camisole
Piégeant le monde et sa réalité.
…
Si, dans mes veines coule une rivière,
Les caniveaux sont gorgés de mes cris.
Jusqu’au marches du soleil, ma prière
S’enlise dans le futur en sursis.
…
3 août 2026
Au murmure des cils, le coquillage
Rejoint la dune blanche du matin
Et jusqu’au sang détrempé du nuage,
L’heure s’éveille sous son palanquin.
…
Je reviens enfin de ces eaux lointaines
De l’estuaire, qui, dans mon soupir,
Semble appauvri, happé par les fournaises
De la saison qui aimerait s’enfuir.
…
Si l’azur aux mains calleuses naufrage
Entre les bras de la plage sans tain,
Ton nom comme une liqueur d’eau sauvage
Court par-delà les murs du temps chagrin.
…
Alors, à la crête des vagues, traîne
Un soleil d’enfance aux rêves chargés
De marées ensablant l’histoire vaine
Quand l’oubli a déjà les pieds mouillés.
…
Entre les vieux roseaux et la bruyère,
Se mêle le sel aux verbes hâlés.
Là-bas, l’horizon peigne sa crinière,
Son regard tourné vers l’éternité.
…
Dans la marelle des algues marines,
Quelques bois flottés glissent sans élan.
J’entrebaille des parfums de résine
Offrant les secrets d’un bout d’océan.
…
23 juillet 2026
Sur la chair des vagues, l’encre fumante
Se tient debout et tisse son cocon,
Quand bien même, les heures rougissantes
Interpellent le ressac sans façon.
…
Si un voile d’eau raconte l’histoire
Au fragile des jours déjà hâlés,
Les embruns dans le sac de la mémoire
Bruissent au fil du vent, attachés.
…
Vois ces ombres refoulées, en prière
Dans la crypte du silence bougon.
Quand les dunes crépitent de lumière,
Le poids du temps flotte sur la saison.
…
Dans les marges de sel, ta bouche humide
S’ouvre sur la promesse de l’azur.
Ourlé de brise, l’océan se ride
Sans renoncer à son secret impur.
…
Loin, l’horizon mordu par un nuage
Installe le toit de son chapiteau.
Et nos baisers surfent sur cette plage,
Ton cœur égaré devient ma maison.
…
Au détour de nos écumes fougueuses,
La peau à vif, s’assoit l’inabouti.
Le soir tombe dans les marées nicheuses.
Viens enlacer mon corps origami.
…
16 juillet 2026
Au crépuscule où meurt la turbulence,
La petite ourse allume son néon.
J’écoute au jardin le chant du silence
Qui jette sur le jour sa partition.
…
Si la pénombre éclabousse la sente,
Le soleil a laissé choir son fardeau.
Ultime lueur dévalant la pente.
Entre les branchages, se tait l’oiseau.
…
S’ouvrent au cœur des âmes souveraines
Les flambeaux agités par le hasard.
Juillet s’est dénudé de deux semaines,
Ses rêves accrochés dans le placard.
…
Après la morsure, un brûlot d’étoiles
Colore les toits de teinte safran.
Est-ce que la chaleur a mis les voiles.
Le temps traîne ses pieds hors du divan.
…
Déjà l’heure où le vent usé s’apaise,
Le nuage froissé sort son mouchoir
Pour essuyer les soupirs de la braise.
Une constellation cherche un bougeoir.
…
Sous mon écorce, brille la lumière.
La nuit s’y cogne comme un papillon.
Reviendras-tu contre mon réverbère
Pour qu’on s’envole sur ton horizon.
…
24 juin 2026
Comprimé sur l’étau, le sel des mots
Transpire dans la torpeur du silence.
Plus loin, la mer agite ses grelots.
Le sable s’endort dans la turbulence.
…
Son gosier sec, l’oiseau cherche un abreuvoir.
Les roses en sursis font grise mine.
Dans le jardin fendillé, vrai mouroir,
Même la pierre tremble sous l’épine.
…
Seul, s’exhale le parfum accablé
De la menthe sous nos frêles ombrelles.
Le rêve engourdi n’est plus que vacuité
Et les chevaux de feu sont citadelles.
…
Les chevreuils harassés, trop assoiffés
Abandonnés dans leurs forêts bouilloires
Se contentent de feuillages froissés,
Accrochés aux visions d’autres victoires.
…
Dans l’heure qui monte sous la paupière,
Ma carcasse ignore cette chaleur.
Jusqu’aux cendres rougies de la lumière,
Je fuis vers la pergola de ton cœur.
…
Sans répit, le matin déjà claqué
Revient ligoter le temps aux pendules.
Au chas de l’ombre, se suspend la clé
Quand s’installe ce jour de canicule.
…
3 juin 2026
Pendant que l’heure s’efface au gisant
Du jour effondré contre la colline,
La première étoile au ciel se devine.
Des mains de papier comblent le couchant.
…
A même le crépuscule, l’oiseau
Dessine des arabesques soyeuses.
Les forêts de mots toujours racoleuses
Posent leurs syllabes sur le carreau.
…
Ma peau s’imprègne du temps souverain.
Un poème rejoint la terre humide
Des ténèbres qui affichent leurs rides.
Une brise chamane écrit demain.
…
Il me faut quitter la route du soir
Où le soleil éreinté cherche une halte.
Une lune court au ras de l’asphalte
A la recherche d’un joli miroir.
…
Des odeurs de basilic au jardin
Soulèvent la paupière du silence.
L’horizon rampe sur mon inconscience.
Une source vive ouvre son écrin.
…
Si tu frissonnes dans mes draps ourlés
De comètes en fleurs, l’aube m’assaille
Avec ses consonnes nées de la faille
Où se gravent les rêves désarmés.
…
13 mai 2026
Les alphabets aux bras de l’écriture
Ignorent la plainte du calepin.
Mais un raffut joyeux sur la ramure
Vient ébrouer les arbres du matin.
…
Au souffle du temps, renaît cette page
Où frémit le bruissement des mots.
Dans les canopées, ramage et plumage
Se redressent enfin sur leurs pivots.
…
Au lointain, sifflent les balles des guerres.
Des conflits séculaires installés
Rongent les vies, les humains et leurs terres.
Comment arrêter les fous programmés.
…
Si dégringolent les cailloux de l’heure
Entre les murmures de mes crayons,
L’espoir neuf pointe son nez et demeure
Accroché au cœur rempli de bourgeons.
…
La lueur flirte avec l’ombre et piétine
Un silence agitant son vieux mouchoir.
Où que tu sois, collé à ta rétine,
Le rêve t’emporte vers mon boudoir.
…
Ouvrons les portes de la citadelle
Le jour accueille le printemps disert.
L’herbe folle pousse dans ma chapelle
Allumons des flambées dans le désert.
…
3 mai 2026
A même la terre où court un poème,
L’alphabet racle ses souliers crottés.
Quelques ombres attisent leur énième
Plaidoyer jusqu’aux arbres défroqués.
…
Et au creux du cœur endormi, les cernes
Glacés intimident les armadas
De pensées oubliées dans leur cavernes.
Seul un reflet brille dans le lilas.
…
Aussi, pour chasser la nuit, les voyelles
posent sur l’autel du temps leur projet.
En ouvrant les volets de leurs tourelles,
Les oiseaux de l’aube vont au banquet.
…
Si entre les cailloux des chemins, pousse
L’herbe tant joyeuse, dessous l’humus,
La chimère d’un coquelicot glousse.
Jusqu’aux racines, tremblent les feuillus.
…
Le soleil franchit enfin les collines
Dans le fracas des giboulées coton.
Même quand un épi de vent fulmine,
L’espérance étreint notre vieux buisson.
…
Posées sur le bord de nos bavardages,
Les stèles mouillées d’autres lendemains
Nous invitent désormais au voyage.
Alors, si nous allions semer le grain.
…