Catégorie : Nuées poétiques
19 octobre 2026
Tant de siècles assis sur leurs racines
Contemplent les aubes des lendemains.
Les grands oiseaux écoutent les comptines
S’élevant des pierres, autant d’écrins.
…
Un vent court sur des écharpes de lunes,
Et dans ce cosmos soudain lumineux,
Les haubans des étoiles sur leur hune
Éclairent l’horizon de mille feux.
…
Monte le chant céleste des mirages
Qui cognent à la porte des soleils.
Quelques battements de mon cœur nuages
Partent rejoindre des clochers vermeils.
…
Jusqu’en haut des secrets des cathédrales
Le temps caresse les silences drus.
A son vitrail, s’accroche les chorales
Des rêveries agitant leur rébus.
…
Maintenant, sur la sente du bocage,
j’aperçois des massifs de mots nouveaux.
Les ombres quittent les forêts sans âge
Pour tisser un fil contre leurs troupeaux.
…
Aimerais tu dans ce jour qui frissonne
Que nous allumions un joli flambeau
Pour éclairer la saison sauvageonne
Et, sans peur, entrer sous son chapiteau.
…
28 septembre 2026
Contre les pierres où cogne mon pas,
Des chardons jaunis étreignent l’absence.
Le plomb de l’air tombe dans le fatras
Du jour niant jusqu’à son existence.
…
Jusqu’au sous-bois aux volets clos, fleurit
Le pourpre du temps au sein écarlate.
Un écho d’autres saisons rebondit
Sur l’hirondelle qui, déjà, se hâte.
…
Toujours cette lourdeur sur les barreaux
Des poèmes crucifiés aux fontaines.
Le ciel cabossé hors de son berceau
A perdu depuis des mois, ses mitaines.
…
Il y a tous ces matins muselés
Par le désordre de notre planète.
Quand, au clocher, l’angélus ébréché
Lance une ode impudente et désuète.
…
Alors, je vais par ce chemin d’été
Cueillir le chant de l’oiseau qui défroisse
Le nuage esseulé et affamé
De lumière pour oublier l’angoisse.
…
Parce que l’automne ouvre son rideau,
Là, où tout s’écroule en ma citadelle,
Sur ta branche, j’accroche mon flambeau
Et je vole sur ton cœur passerelle.
…
19 août 2026
Des poèmes errent sur l’horizon,
Serrés contre les poteaux d’un nuage.
Le soleil cadenasse son lampion
Dans l’enclos des époques sans visage.
…
Un bouquet d’ombres sous les arbrisseaux
Étire son silence cathédrale.
Sur sa litière, le temps vermisseau
L’observe par le hublot de sa cale.
…
Mais, coincé entre les rocs du destin,
Un été s’annonce au chevet des lampes
Éteintes aux toits de nos lendemains.
Brûlera-t’il jusqu’à ses propres hampes.
…
Sur la sente de l’ennui, un lâcher
De jours immobiles tient la chandelle
Aux aubes délaissant dans leur grenier
Les foulards d’une espérance irréelle.
…
Faut t’il revenir des mots larmoyants
Pour vaincre la peur de l’oiseau aphone.
Le dérèglement allaite un néant
Où tombe ma plume bien monotone.
…
Là où je pose mon cœur de papier,
Des souvenirs traversent le vestiaire.
Quand l’averse servait le jardinier,
L’écrit prenait un autre itinéraire.
…
10 août 2026
Quand devant l’aube, la nuit se prosterne,
Les vallées du temps déjà ébréché
Par les ombres sorties de la caserne
Ouvrent leurs livres au jour chiffonné.
…
L’heure a soif, ses bras criblés de chardons,
Elle ausculte le ciel pour une offrande
Mais, dans la chambre d’été, les violons
Du rêve s’agitent en sarabande.
…
Le matin s’essouffle entre les bosquets
Et dans le jaune silence des chaumes,
S’effondre la mémoire des reflets
Du passé arguant d’un autre royaume.
…
Ils survolent la crête de l’absence,
Ces grands oiseaux déracinés, déchus,
Dont les chants lèchent cette grande urgence
Où nous avons enterré leurs tribus.
…
Comme les terres asséchées, s’étiole
Le verbe du poète accaparé
Par les bruits du dehors, la camisole
Piégeant le monde et sa réalité.
…
Si, dans mes veines coule une rivière,
Les caniveaux sont gorgés de mes cris.
Jusqu’au marches du soleil, ma prière
S’enlise dans le futur en sursis.
…
3 août 2026
Au murmure des cils, le coquillage
Rejoint la dune blanche du matin
Et jusqu’au sang détrempé du nuage,
L’heure s’éveille sous son palanquin.
…
Je reviens enfin de ces eaux lointaines
De l’estuaire, qui, dans mon soupir,
Semble appauvri, happé par les fournaises
De la saison qui aimerait s’enfuir.
…
Si l’azur aux mains calleuses naufrage
Entre les bras de la plage sans tain,
Ton nom comme une liqueur d’eau sauvage
Court par-delà les murs du temps chagrin.
…
Alors, à la crête des vagues, traîne
Un soleil d’enfance aux rêves chargés
De marées ensablant l’histoire vaine
Quand l’oubli a déjà les pieds mouillés.
…
Entre les vieux roseaux et la bruyère,
Se mêle le sel aux verbes hâlés.
Là-bas, l’horizon peigne sa crinière,
Son regard tourné vers l’éternité.
…
Dans la marelle des algues marines,
Quelques bois flottés glissent sans élan.
J’entrebaille des parfums de résine
Offrant les secrets d’un bout d’océan.
…
23 juillet 2026
Sur la chair des vagues, l’encre fumante
Se tient debout et tisse son cocon,
Quand bien même, les heures rougissantes
Interpellent le ressac sans façon.
…
Si un voile d’eau raconte l’histoire
Au fragile des jours déjà hâlés,
Les embruns dans le sac de la mémoire
Bruissent au fil du vent, attachés.
…
Vois ces ombres refoulées, en prière
Dans la crypte du silence bougon.
Quand les dunes crépitent de lumière,
Le poids du temps flotte sur la saison.
…
Dans les marges de sel, ta bouche humide
S’ouvre sur la promesse de l’azur.
Ourlé de brise, l’océan se ride
Sans renoncer à son secret impur.
…
Loin, l’horizon mordu par un nuage
Installe le toit de son chapiteau.
Et nos baisers surfent sur cette plage,
Ton cœur égaré devient ma maison.
…
Au détour de nos écumes fougueuses,
La peau à vif, s’assoit l’inabouti.
Le soir tombe dans les marées nicheuses.
Viens enlacer mon corps origami.
…
16 juillet 2026
Au crépuscule où meurt la turbulence,
La petite ourse allume son néon.
J’écoute au jardin le chant du silence
Qui jette sur le jour sa partition.
…
Si la pénombre éclabousse la sente,
Le soleil a laissé choir son fardeau.
Ultime lueur dévalant la pente.
Entre les branchages, se tait l’oiseau.
…
S’ouvrent au cœur des âmes souveraines
Les flambeaux agités par le hasard.
Juillet s’est dénudé de deux semaines,
Ses rêves accrochés dans le placard.
…
Après la morsure, un brûlot d’étoiles
Colore les toits de teinte safran.
Est-ce que la chaleur a mis les voiles.
Le temps traîne ses pieds hors du divan.
…
Déjà l’heure où le vent usé s’apaise,
Le nuage froissé sort son mouchoir
Pour essuyer les soupirs de la braise.
Une constellation cherche un bougeoir.
…
Sous mon écorce, brille la lumière.
La nuit s’y cogne comme un papillon.
Reviendras-tu contre mon réverbère
Pour qu’on s’envole sur ton horizon.
…
24 juin 2026
Comprimé sur l’étau, le sel des mots
Transpire dans la torpeur du silence.
Plus loin, la mer agite ses grelots.
Le sable s’endort dans la turbulence.
…
Son gosier sec, l’oiseau cherche un abreuvoir.
Les roses en sursis font grise mine.
Dans le jardin fendillé, vrai mouroir,
Même la pierre tremble sous l’épine.
…
Seul, s’exhale le parfum accablé
De la menthe sous nos frêles ombrelles.
Le rêve engourdi n’est plus que vacuité
Et les chevaux de feu sont citadelles.
…
Les chevreuils harassés, trop assoiffés
Abandonnés dans leurs forêts bouilloires
Se contentent de feuillages froissés,
Accrochés aux visions d’autres victoires.
…
Dans l’heure qui monte sous la paupière,
Ma carcasse ignore cette chaleur.
Jusqu’aux cendres rougies de la lumière,
Je fuis vers la pergola de ton cœur.
…
Sans répit, le matin déjà claqué
Revient ligoter le temps aux pendules.
Au chas de l’ombre, se suspend la clé
Quand s’installe ce jour de canicule.
…
3 juin 2026
Pendant que l’heure s’efface au gisant
Du jour effondré contre la colline,
La première étoile au ciel se devine.
Des mains de papier comblent le couchant.
…
A même le crépuscule, l’oiseau
Dessine des arabesques soyeuses.
Les forêts de mots toujours racoleuses
Posent leurs syllabes sur le carreau.
…
Ma peau s’imprègne du temps souverain.
Un poème rejoint la terre humide
Des ténèbres qui affichent leurs rides.
Une brise chamane écrit demain.
…
Il me faut quitter la route du soir
Où le soleil éreinté cherche une halte.
Une lune court au ras de l’asphalte
A la recherche d’un joli miroir.
…
Des odeurs de basilic au jardin
Soulèvent la paupière du silence.
L’horizon rampe sur mon inconscience.
Une source vive ouvre son écrin.
…
Si tu frissonnes dans mes draps ourlés
De comètes en fleurs, l’aube m’assaille
Avec ses consonnes nées de la faille
Où se gravent les rêves désarmés.
…
13 mai 2026
Les alphabets aux bras de l’écriture
Ignorent la plainte du calepin.
Mais un raffut joyeux sur la ramure
Vient ébrouer les arbres du matin.
…
Au souffle du temps, renaît cette page
Où frémit le bruissement des mots.
Dans les canopées, ramage et plumage
Se redressent enfin sur leurs pivots.
…
Au lointain, sifflent les balles des guerres.
Des conflits séculaires installés
Rongent les vies, les humains et leurs terres.
Comment arrêter les fous programmés.
…
Si dégringolent les cailloux de l’heure
Entre les murmures de mes crayons,
L’espoir neuf pointe son nez et demeure
Accroché au cœur rempli de bourgeons.
…
La lueur flirte avec l’ombre et piétine
Un silence agitant son vieux mouchoir.
Où que tu sois, collé à ta rétine,
Le rêve t’emporte vers mon boudoir.
…
Ouvrons les portes de la citadelle
Le jour accueille le printemps disert.
L’herbe folle pousse dans ma chapelle
Allumons des flambées dans le désert.
…