Auteur/autrice : Cassiopee
12 mars 2026
Enseveli dans les herbes dormantes
La grisaille lâche son cathéter.
Au lointain, roulent ses eaux grisonnantes.
Nos cœurs traversent le pont de l’hiver.
…
Au front dégarni de cet arbre chauve
Bourdonnent déjà tant d’autres rumeurs.
C’est un temps à réveiller la guimauve
Pour secouer le silence flatteur.
…
Fleurit sur mon écorce d’écriture
Un sillon de mots neufs qu’aucun venin
Ne pourra corrompre dans la froidure.
Un sang végétal lave le crachin.
…
Le soleil s’engouffre dans les nuages
Qui s’envolent sur l’horizon tribal.
Des échardes alourdies d’équipages
Ouvrent à mon alphabet, le chenal.
…
Je goûte l’aube et les rosées sauvages
Près du feu déjà éteint de la nuit.
Entends le bruissement des feuillages
là, où notre avenir semble enfoui.
…
Entre les heures, ta bouche tendresse
Semble percer la narration d’un slam.
Le matin nous offre sa belle ivresse
Sur laquelle je pose mon sélam.
…
Sélam : En Orient, bouquet de fleurs dont l’arrangement correspondait à un code symbolique, un langage permettant de communiquer sans se parler. Les amants s’offraient des sélams.
C’est grâce à un tableau de Marie Luce : https://marieluce-aquarelles.over-blog.fr/ que j’ai découvert ce mot
2 mars 2026
Si chaque printemps est une boussole
Indiquant le chemin où naît l’espoir,
Notre planète a perdu le contrôle.
Le chaos prend possession du comptoir.
…
Dans la valise des nuits en partance
Tant de cauchemars cloîtrés au matin
Habitent les douves de la puissance.
Le vent pleure entre les mots orphelin.
…
Pendant que ce monde aux abois chavire
Nous, pauvres laquais, spectateurs usés
Par tous ces grands qui viennent nous occire
Ne savons plus trouver d’autres accès.
…
Au temps échancré par les douleurs vives
J’entends suffoquer les enfants perdus
Dans ces guerres où les joies sont captives.
Mille sacs de rêves ont disparu.
…
Pollution, violences, féminicides
Lézardent notre condition d’humains.
Sommes nous des sauvages bien placides
Pour nous satisfaire du quotidien.
…
Tels les merles apeurés, je traverse
Le vortex pour regagner les feuillages
De cette saison nouvelle où l’averse
Congédiera peut-être les nuages.
…
Les bourgeons vont exploser sur nos arbres
Et les oiseaux font leur nid dans les haies.
Comment chasser la grisaille de marbre
Quand nos chaussures foulent les ivraies *
…
Nota : ivraies : graminées considérées comme herbes sauvages, ou selon un nouveau terme moins poétique : adventices. Ici, le mot est employé bien entendu comme métaphore.
23 février 2026
Soudain, L’aube grise sur le coteau
Ôte son corset et le ciel d’ébène
Habille sous son vétuste rideau
Le matin neuf qui entre dans l’arène.
…
Quand depuis ce clair de jour, il y a
Un chemin pour poser notre lumière,
Je m’éveille et sort enfin du coma.
Quelques étoiles partent en croisière.
…
Sur l’horizon, j’ai planté des rosiers
Qui bientôt viendront fleurir le calice
Du ciel où des promesses de baisers
Construisent dans le temps, leur édifice.
…
Par la fenêtre, des bruissements
De nuages parviennent jusqu’aux braises
Attisées par des espoirs impudents
Et d’autres soleils juchés sur leur chaises.
…
Enfin respirer l’encre de tes mains
Pour mettre de côté la page obscure.
Au hasard, L’hiver file entre les grains.
Nos cœurs récifs retrouvent l’écriture.
…
Le rameau des saisons en devenir
Court le long des écharpes de grisaille.
Jusqu’à la cime du moindre désir,
Il fait bleu sur les touffes de broussaille.
…
13 février 2026
Si le vent court encore sur l’écorce,
La lampe du jour connaît le chemin.
Et nul besoin d’utiliser la force,
La nuit perd les ailes de son moulin.
…
Même quand un vieux lambeau de tristesse
Parade derrière notre buisson,
Le matin rebondit avec finesse
En muselant l’hiver dans son salon.
…
Autour des forêts où l’herbe sauvage
Redresse sa coiffe vers le vivant,
Les bourgeons fragiles du paysage
Embrassent le sourire d’un enfant.
…
Se libère une joyeuse pagaille.
Dans le nid du cœur, le blond des épis
Façonne déjà l’été où la paille
Reçoit des coquelicots sans abris.
…
Et crocheté au récif de ma bouche,
Mille soleils t’invitent aux baisers
Par trop esseulés auprès de ma couche
Quand s’annoncent les fleurs de cerisiers.
…
Le temps chuchote sa douce prière.
Au milieu des ronces, naît la clarté
Viens et cueillons ce coulis de lumière.
Nous irons jusqu’au ciel endimanché.
…
5 février 2026
Jusqu’au seuil des promesses, le murmure
De l’aube grandit et sur le trottoir,
Le jour ramasse la vieille brochure
Des nuits cherchant la clé de leur manoir.
…
Au diable froidure et givre, la danse
Des nuages infiltre l’horizon.
Déjà, la lumière remplit sa panse
Quand le hibou plisse ses yeux crépon.
…
Des mots perdus racontent leur histoire
En accrochant au vent notre foulard.
L’encrier si las, près de l’écritoire
Redore le silence du buvard.
…
Ce matin parle de toi dans l’impasse
Où j’ai laissé le bruit de mon désir.
Quelques ombres tombent dans la crevasse.
L’hiver se dérobe en frottant son cuir.
…
Si le verbe bourgeonne sous la couette,
Le temps postillonne dans son enclos.
Une source d’eau jaillit, pipelette
Près du cœur qui pointe ses staccatos.
…
Alors, je suis chant d’oiseau sur la branche
Où ton épaule accueille mon regard.
Peureuse, l’obscurité se retranche.
Allons rêver dans la chair du hasard.
…
29 janvier 2026
Jusqu’à l’écorce de mon corps rougi
Tes strophes se souviennent de mon rêve.
Entre deux aubes, naît déjà le cri
Je m’éveille sur le sang de ta grève.
…
Alors, tes bras d’encre lissent le roc
De mon cœur et dans les herbes sauvages,
Le poème sent l’univers d’un bloc
Pour façonner les mots dans les nuages.
…
Mes doigts engourdis dans le matin nu
Embrassent ton souffle vers le grand large.
Nul doute que sur la plage, il a plu.
Sur l’horizon bleu, dérive ta barge.
…
Aux proues de ce moment intact et pur,
Le temps offre son épaule saline.
Cette lueur fauve sur le sol dur
Érafle le flux de l’heure marine.
…
Sous mon corsage de lune, le vent
Lacère ma peau d’écume et frappe
Jusqu’à la syllabe, le firmament
Un frisson en laisse de mer s’échappe.
…
Là où s’étire encore la fleur d’eau,
L’été abreuve ses terres lointaines.
Vogue sur les heures notre bateau,
La houle folle nous prend dans sa traîne.
…
Poème proposé à Chris pour le défi du mois : face à la mer
http://www.poetika17.com/ “
21 janvier 2026
Sur l’égouttoir des jours, une mésange
Accueille ce grand silence installé
Entre les branches, que rien ne dérange.
L’hiver placarde son gel dépeuplé .
…
Le chemin qui s’élève vers la cime
D’un autre horizon est bien caillouteux.
Ne pas tomber dans l’ombre et son abîme
Couturés de passages hasardeux.
…
Mais le matin dévore la lumière
Qui craque déjà sur notre sentier.
Le froid dégouline de la bruyère
Résistante à son vieil arbalétrier.
…
Les bras chargés d’heures et d’espérance,
J’attends que les branchages gorgés d’eau
Reprennent leur éphémère jactance.
D’herbe en herbe, le temps perd son fardeau.
…
Un feu réchauffe la nuque des strophes.
Ici, mon cœur couve nos souvenirs.
La porte ouvre les enclos limitrophes
Aux foyers inassouvis des désirs.
…
Si je traîne du bois mort sur l’épaule,
Mon âme hume l’été qui se construit.
L’alphabet réfugié contre le saule
Ignore enfin les flaques de la nuit.
…
13 janvier 2026
Tu sais, je viens de toutes les saisons,
Droit et courageux dans ce champ en friche.
Mon tronc si fatigué semble chiffon
Pourtant, jadis, j’étais robuste et riche.
…
Les traces du printemps sont déjà là.
Et mon corps feuillu néglige les ombres.
Je résiste, survivant, mâle alpha
Dans le chahut du temps et ses décombres.
…
Combien de matins encore au chevet
De mon écorce campant dans l’écume,
L’automne ricoche sur mes volets.
J’ai laissé au vent mon joli costume.
…
Tellement froid sous la blancheur d’hiver.
Sur le chemin où gémit le silence,
Mon cœur suinte, mes sanglots de fer
Épousent les heures en résilience.
…
Quand, parfois, un rêve dans le brouillard
Soulève mon chagrin sous les nuages,
Mes bras scarifiés déposent leur fard.
Et, il me prend des envies de voyages.
…
Déferlent les pluies sur mon oreiller.
Quand bien même, je persiste de marbre.
Les branches fagotées à ton papier
Deviennent bruissement, je reste arbre.
…
Avec la complicité de mon Ami Margi : https://margimond.eklablog.fr/ qui m’a prêté les images de son copain des champs et de Chatgpt pour l’arbre qui marche et la boule de neige.
5 janvier 2026
Un brûlot d’heures a soufflé le jour
Sur l’adret de notre vieille planète.
Au loin, s’envolent déjà les vautours
De la nuit et son angoisse secrète.
…
Le temps sur son escalier vermoulu
Vacille en remontant sa grande horloge.
En voilà un sentiment ambigu
Dont il fait, à Dame lune, l’éloge.
…
Entre les barreaux, un astre lointain
Invite les comètes dans sa course.
Au noir des ténèbres, se tend la main
De celle qu’on appelle la grande ourse.
…
Un ciel noir se cambre sous son bâillon.
Mais, sous les ruines, des pluies de braise
Traversent les veines de l’horizon.
Est-ce l’aube qui ouvre une mortaise.
…
Quelques mots vers la première lueur
Ruissellent et des buées cristallines
Bombent le torse dans la bonne humeur.
Demain prépare déjà ses lettrines.
…
L’œil ouvert, le cœur collé au carreau
Je regarde mon écriture en friche.
L’esprit du soleil dans le caniveau
Veut bien me dédicacer son affiche.
…
Et, s’ouvre la porte de l’alphabet
Pour que je renaisse dans le silence.
Entre les marges du petit carnet,
J’ai arrêté pour toi ma diligence.
…
27 décembre 2025
Autour des étoiles, la brume
S’en va déposer son humeur.
Rose d’espérance, l’écume
Du temps est en apesanteur.
…
L’heure assise sur la congère
Chasse sa rime vers le ciel.
Dans sa guipure de poussière,
Elle rêve d’intemporel.
…
Ici, la grande ourse se couche.
L’aurore sèche ses sanglots.
A vif, le silence fait mouche
Dans les cathédrales de mots.
…
Avec ce goût de fleurs sauvages,
Tout près des limbes, le levant
Court sur le chemin des nuages
En cherchant l’astre conquérant.
…
Demain grignote ma boussole
En perpétuel devenir.
L’aube défait sa camisole,
Dernière ronde puis partir.
…
Au cœur des nuits crépusculaires,
Où les vents ne dorment jamais,
S’hérissent les cirrus polaires,
Et pourtant le jour apparaît.
…
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