Auteur/autrice : Cassiopee
16 avril 2026
Les ombres ont fondu dans les crevasses
Quand d’autres hivers s’y cachent déjà.
Mais il suffit de boire quelques tasses
De lumière pour changer son karma.
…
Et dans les saignées des lunes, ruisselle
Un vieux silence écorché par des feux.
L’aube peint en rose sa balancelle.
Au levant, renaît un soleil glorieux.
…
Des couvées de lierre assaillent le porche
Où suintent des souvenirs d’été.
Au clair du matin brandissant sa torche,
Je prends ton bras où l’espoir s’est posé.
…
Ce qu’il reste de la nuit sur mon âme
Glisse soudain dans la gorge du jour.
Un murmure laisse place à la trame
D’un écrit à l’eau de rose et d’amour.
…
Le ciel bleu sur ton épaule fredonne
Ses comptines et l’azur affamé
Harangue la saison qui carillonne
A la porte des rêves délaissés.
…
Au lointain, la mer chante sa romance
Un chant démâté vogue sur les flots.
Mais les pollens prennent la confiance
En enlaçant nos cœurs coquelicots.
…
9 avril 2026
Mais, où sont donc passées les madeleines
Ordonnancées dans le placard du haut.
Charmantes pâtisseries quotidiennes,
Un gourmand aurait t’il donné l’assaut.
…
Aux croisées des estomacs en détresse,
Une brioche offre son réconfort.
Le petit déjeuner devient kermesse
Pour soulager l’âme de son effort.
…
Et, à la barbe des vieilles froidures,
La tasse chaude attend sur le plateau,
Café et thé offrent candidatures
Pour nous réchauffer contre le carreau.
…
S’opère une tentation éphémère
Entre les jolies tasses du matin.
Un espoir nouveau offre sa lumière
A l’autel du jour, fleurit un festin.
…
La biscotte courtise la tablette
Mélange de fève de cacao
Avec la pointe de sucre en goguette.
En voilà un charmant scénario.
…
La télé braille ses tristes nouvelles.
Mais, au devant, mijote un coup d’état
Pour laisser à l’oubli les ritournelles.
Viens, allons boire ce doux chocolat.
…
Texte que j’ai proposé à Chris pour son défi mensuel sur le chocolat dans tous ses états : http://www.poetika17.com/
30 mars 2026
Quand au fond de leur placard, les ombrelles
S’agitent et se mettent au travail,
Les noces du hasard dans leurs chapelles
Nous invitent à ranger le chandail.
…
Au soleil de l’attente, une corolle
Fleurit à même le sol du matin.
Voici que sur le vieux tarmac, décolle
Le printemps larguant un sommeil lointain.
…
Un oiseau débusque la lueur blanche
Sur l’écorce d’avril déjà vêtu
D’écrits brûlants quand la nuit se retranche
Sous les ombres décharnées d’un feuillu.
…
Coincé dans ses cauchemars, le silence
Placarde encore sa noire rumeur.
Mais le merle reprend la présidence
Car il nous charme en étant bon chanteur.
…
Le vent sème son alphabet au large
Et contre les volets de la saison,
L’espoir se pavane en haut de la marge
D’un petit poème qui tient salon.
…
Parmi les voyelles que j’apprivoise
Entre les mots, je bâtis mon terrier
De là où tu es, vois-tu mon ardoise.
Les heures ouvrent leur calendrier.
…
Je t’attends sur le feuillage apatride
Où la brume lave chaque soupir.
Sur le papier qui est ma pyramide,
je gratte la lumière, l’avenir.
…
20 mars 2026
Une lumière frêle se faufile
Entre les herbes, effluve futile.
Mais si l’aube se courbe dans l’ennui,
Le ciel pense que l’hiver est fini.
…
Alors, je pose l’espoir sur l’écorce
Du silence et le temps réamorce
La conversation avec les oiseaux.
S’échappe la nuit au creux des ormeaux.
…
Tandis que je grimpe jusqu’aux nuages
Ballottant des ombres dans le cirage,
Je vois bien que la lune a le tournis
Là-haut, tous les blizzards sont ahuris.
…
Vénus déballe son sac où l’attente
Gratte l’ourlet de la saison prudente.
L’écho du jour réveille les ruisseau x
Où pleuraient encore les vieux roseaux.
…
Des senteurs retenues dans les collines
Imposent un soupir sur les babines
De ce printemps dont le souffle carmin
Fait tourner les ailes de mon moulin.
…
Quelques iris défont leur muselière
Dans le tapage des mots en lisière.
Et chavire l’ombre dans le fossé
Où le froid s’était longtemps installé .
…
Au sable des pensées, chaque promesse
Lâche son pâle duvet et s’empresse
D’indiquer la porte ouvrant le sentier
A l’agitation du calendrier.
…
12 mars 2026
Enseveli dans les herbes dormantes
La grisaille lâche son cathéter.
Au lointain, roulent ses eaux grisonnantes.
Nos cœurs traversent le pont de l’hiver.
…
Au front dégarni de cet arbre chauve
Bourdonnent déjà tant d’autres rumeurs.
C’est un temps à réveiller la guimauve
Pour secouer le silence flatteur.
…
Fleurit sur mon écorce d’écriture
Un sillon de mots neufs qu’aucun venin
Ne pourra corrompre dans la froidure.
Un sang végétal lave le crachin.
…
Le soleil s’engouffre dans les nuages
Qui s’envolent sur l’horizon tribal.
Des échardes alourdies d’équipages
Ouvrent à mon alphabet, le chenal.
…
Je goûte l’aube et les rosées sauvages
Près du feu déjà éteint de la nuit.
Entends le bruissement des feuillages
là, où notre avenir semble enfoui.
…
Entre les heures, ta bouche tendresse
Semble percer la narration d’un slam.
Le matin nous offre sa belle ivresse
Sur laquelle je pose mon sélam.
…
Sélam : En Orient, bouquet de fleurs dont l’arrangement correspondait à un code symbolique, un langage permettant de communiquer sans se parler. Les amants s’offraient des sélams.
C’est grâce à un tableau de Marie Luce : https://marieluce-aquarelles.over-blog.fr/ que j’ai découvert ce mot
2 mars 2026
Si chaque printemps est une boussole
Indiquant le chemin où naît l’espoir,
Notre planète a perdu le contrôle.
Le chaos prend possession du comptoir.
…
Dans la valise des nuits en partance
Tant de cauchemars cloîtrés au matin
Habitent les douves de la puissance.
Le vent pleure entre les mots orphelin.
…
Pendant que ce monde aux abois chavire
Nous, pauvres laquais, spectateurs usés
Par tous ces grands qui viennent nous occire
Ne savons plus trouver d’autres accès.
…
Au temps échancré par les douleurs vives
J’entends suffoquer les enfants perdus
Dans ces guerres où les joies sont captives.
Mille sacs de rêves ont disparu.
…
Pollution, violences, féminicides
Lézardent notre condition d’humains.
Sommes nous des sauvages bien placides
Pour nous satisfaire du quotidien.
…
Tels les merles apeurés, je traverse
Le vortex pour regagner les feuillages
De cette saison nouvelle où l’averse
Congédiera peut-être les nuages.
…
Les bourgeons vont exploser sur nos arbres
Et les oiseaux font leur nid dans les haies.
Comment chasser la grisaille de marbre
Quand nos chaussures foulent les ivraies *
…
Nota : ivraies : graminées considérées comme herbes sauvages, ou selon un nouveau terme moins poétique : adventices. Ici, le mot est employé bien entendu comme métaphore.
23 février 2026
Soudain, L’aube grise sur le coteau
Ôte son corset et le ciel d’ébène
Habille sous son vétuste rideau
Le matin neuf qui entre dans l’arène.
…
Quand depuis ce clair de jour, il y a
Un chemin pour poser notre lumière,
Je m’éveille et sort enfin du coma.
Quelques étoiles partent en croisière.
…
Sur l’horizon, j’ai planté des rosiers
Qui bientôt viendront fleurir le calice
Du ciel où des promesses de baisers
Construisent dans le temps, leur édifice.
…
Par la fenêtre, des bruissements
De nuages parviennent jusqu’aux braises
Attisées par des espoirs impudents
Et d’autres soleils juchés sur leur chaises.
…
Enfin respirer l’encre de tes mains
Pour mettre de côté la page obscure.
Au hasard, L’hiver file entre les grains.
Nos cœurs récifs retrouvent l’écriture.
…
Le rameau des saisons en devenir
Court le long des écharpes de grisaille.
Jusqu’à la cime du moindre désir,
Il fait bleu sur les touffes de broussaille.
…
13 février 2026
Si le vent court encore sur l’écorce,
La lampe du jour connaît le chemin.
Et nul besoin d’utiliser la force,
La nuit perd les ailes de son moulin.
…
Même quand un vieux lambeau de tristesse
Parade derrière notre buisson,
Le matin rebondit avec finesse
En muselant l’hiver dans son salon.
…
Autour des forêts où l’herbe sauvage
Redresse sa coiffe vers le vivant,
Les bourgeons fragiles du paysage
Embrassent le sourire d’un enfant.
…
Se libère une joyeuse pagaille.
Dans le nid du cœur, le blond des épis
Façonne déjà l’été où la paille
Reçoit des coquelicots sans abris.
…
Et crocheté au récif de ma bouche,
Mille soleils t’invitent aux baisers
Par trop esseulés auprès de ma couche
Quand s’annoncent les fleurs de cerisiers.
…
Le temps chuchote sa douce prière.
Au milieu des ronces, naît la clarté
Viens et cueillons ce coulis de lumière.
Nous irons jusqu’au ciel endimanché.
…
5 février 2026
Jusqu’au seuil des promesses, le murmure
De l’aube grandit et sur le trottoir,
Le jour ramasse la vieille brochure
Des nuits cherchant la clé de leur manoir.
…
Au diable froidure et givre, la danse
Des nuages infiltre l’horizon.
Déjà, la lumière remplit sa panse
Quand le hibou plisse ses yeux crépon.
…
Des mots perdus racontent leur histoire
En accrochant au vent notre foulard.
L’encrier si las, près de l’écritoire
Redore le silence du buvard.
…
Ce matin parle de toi dans l’impasse
Où j’ai laissé le bruit de mon désir.
Quelques ombres tombent dans la crevasse.
L’hiver se dérobe en frottant son cuir.
…
Si le verbe bourgeonne sous la couette,
Le temps postillonne dans son enclos.
Une source d’eau jaillit, pipelette
Près du cœur qui pointe ses staccatos.
…
Alors, je suis chant d’oiseau sur la branche
Où ton épaule accueille mon regard.
Peureuse, l’obscurité se retranche.
Allons rêver dans la chair du hasard.
…
29 janvier 2026
Jusqu’à l’écorce de mon corps rougi
Tes strophes se souviennent de mon rêve.
Entre deux aubes, naît déjà le cri
Je m’éveille sur le sang de ta grève.
…
Alors, tes bras d’encre lissent le roc
De mon cœur et dans les herbes sauvages,
Le poème sent l’univers d’un bloc
Pour façonner les mots dans les nuages.
…
Mes doigts engourdis dans le matin nu
Embrassent ton souffle vers le grand large.
Nul doute que sur la plage, il a plu.
Sur l’horizon bleu, dérive ta barge.
…
Aux proues de ce moment intact et pur,
Le temps offre son épaule saline.
Cette lueur fauve sur le sol dur
Érafle le flux de l’heure marine.
…
Sous mon corsage de lune, le vent
Lacère ma peau d’écume et frappe
Jusqu’à la syllabe, le firmament
Un frisson en laisse de mer s’échappe.
…
Là où s’étire encore la fleur d’eau,
L’été abreuve ses terres lointaines.
Vogue sur les heures notre bateau,
La houle folle nous prend dans sa traîne.
…
Poème proposé à Chris pour le défi du mois : face à la mer
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