Auteur/autrice : Cassiopee

Sélam

Ivraies

Si chaque printemps est une boussole

Indiquant le chemin où naît l’espoir,

Notre planète a perdu le contrôle.

Le chaos prend possession du comptoir.

Dans la valise des nuits en partance

Tant de cauchemars cloîtrés au matin

Habitent les douves de la puissance.

Le vent pleure entre les mots orphelin.

Pendant que ce monde aux abois chavire

Nous, pauvres laquais, spectateurs usés

Par tous ces grands qui viennent nous occire

Ne savons plus trouver d’autres accès.

Au temps échancré par les douleurs vives

J’entends suffoquer les enfants perdus

Dans ces guerres où les joies sont captives.

Mille sacs de rêves ont disparu.

Pollution, violences, féminicides

Lézardent notre condition d’humains.

Sommes nous des sauvages bien placides

Pour nous satisfaire du quotidien.

Tels les merles apeurés, je traverse

Le vortex pour regagner les feuillages

De cette saison nouvelle où l’averse

Congédiera peut-être les nuages.

Les bourgeons vont exploser sur nos arbres

Et les oiseaux font leur nid dans les haies.

Comment chasser la grisaille de marbre

Quand nos chaussures foulent les ivraies *

Nota : ivraies : graminées considérées comme herbes sauvages, ou selon un nouveau terme moins poétique : adventices. Ici, le mot est employé bien entendu comme métaphore.

Broussaille

Endimanché

Hasard

Traîne

Jusqu’à l’écorce de mon corps rougi

Tes strophes se souviennent de mon rêve.

Entre deux aubes, naît déjà le cri

Je m’éveille sur le sang de ta grève.

Alors, tes bras d’encre lissent le roc

De mon cœur et dans les herbes sauvages,

Le poème sent l’univers d’un bloc

Pour façonner les mots dans les nuages.

Mes doigts engourdis dans le matin nu

Embrassent ton souffle vers le grand large.

Nul doute que sur la plage, il a plu.

Sur l’horizon bleu, dérive ta barge.

Aux proues de ce moment intact et pur,

Le temps offre son épaule saline.

Cette lueur fauve sur le sol dur

Érafle le flux de l’heure marine.

Sous mon corsage de lune, le vent

Lacère ma peau d’écume et frappe

Jusqu’à la syllabe, le firmament

Un frisson en laisse de mer s’échappe.

Là où s’étire encore la fleur d’eau,

L’été abreuve ses terres lointaines.

Vogue sur les heures notre bateau,

La houle folle nous prend dans sa traîne.

Poème proposé à Chris pour le défi du mois : face à la mer

http://www.poetika17.com/

Nuit

L’arbre

Tu sais, je viens de toutes les saisons,

Droit et courageux dans ce champ en friche.

Mon tronc si fatigué semble chiffon

Pourtant, jadis, j’étais robuste et riche.

Les traces du printemps sont déjà là.

Et mon corps feuillu néglige les ombres.

Je résiste, survivant, mâle alpha

Dans le chahut du temps et ses décombres.

Combien de matins encore au chevet

De mon écorce campant dans l’écume,

L’automne ricoche sur mes volets.

J’ai laissé au vent mon joli costume.

Tellement froid sous la blancheur d’hiver.

Sur le chemin où gémit le silence,

Mon cœur suinte, mes sanglots de fer

Épousent les heures en résilience.

Quand, parfois, un rêve dans le brouillard

Soulève mon chagrin sous les nuages,

Mes bras scarifiés déposent leur fard.

Et, il me prend des envies de voyages.

Déferlent les pluies sur mon oreiller.

Quand bien même, je persiste de marbre.

Les branches fagotées à ton papier

Deviennent bruissement, je reste arbre.

Avec la complicité de mon Ami Margi : https://margimond.eklablog.fr/ qui m’a prêté les images de son copain des champs et de Chatgpt pour l’arbre qui marche et la boule de neige.

Diligence

Au levant

Autour des étoiles, la brume

S’en va déposer son humeur.

Rose d’espérance, l’écume

Du temps est en apesanteur.

L’heure assise sur la congère

Chasse sa rime vers le ciel.

Dans sa guipure de poussière,

Elle rêve d’intemporel.

Ici, la grande ourse se couche.

L’aurore sèche ses sanglots.

A vif, le silence fait mouche

Dans les cathédrales de mots.

Avec ce goût de fleurs sauvages,

Tout près des limbes, le levant

Court sur le chemin des nuages

En cherchant l’astre conquérant.

Demain grignote ma boussole

En perpétuel devenir.

L’aube défait sa camisole,

Dernière ronde puis partir.

Au cœur des nuits crépusculaires,

Où les vents ne dorment jamais,

S’hérissent les cirrus polaires,

Et pourtant le jour apparaît.