Auteur/autrice : Cassiopee
26 octobre 2025
J’ai dû laisser partir l’été au vent.
Quand d’un arbre à l’autre, des pluies de rouille
Ont rompu dans un simple feulement
Les lumières et leur douce patrouille.
…
De forêt en forêt, les cris d’oiseaux
Ont escorté un bateau de nuages.
Mais l’hiver a battu avec ses couteaux
Le fagot des heures en recyclage.
…
Les herbes fourbues se couchent au sol
Cernées d’un gel de blanche porcelaine.
Je n’entends plus le chant du rossignol.
Abrité par une nation lointaine.
…
Soudain vivant dans le sel du matin,
Un feu renaît sur l’orbe du silence.
Quelques ailes sur l’écorce du pin
Accordent leur partition en cadence.
…
La route s’élargit vers les buissons
Où des mots à la nudité mordante
Entassent leurs doutes et leurs haillons.
Allons ramasser leur lueur filante.
…
Malgré l’ombre roide sur les ronciers,
Je retiens, serrés au cœur, les murmures
Du coquelicot pour que le papier
S’en souvienne telles des impostures.
…
Viens, rejoignons le refrain familier
Dont se nourrit encore l’espérance.
Nous vaincrons les flaques noires d’acier
Près de nos rêveries en transhumance
…
17 octobre 2025
S’endorment les brûlures de l’été,
Quand la romance du vent égratigne
La partition du jour déterminé
A gambiller encore dans la vigne.
…
L’aube a pourtant planqué sous le chardon
Des soleils qui suintent de lumière.
Mais les heures se crêpent le chignon
Cherchant l’ouverture de leur chatière.
…
Quelques averses de mots innocents
Attendent sur le quai d’autres promesses.
Les rouges-queues avec leurs crissements
Reviennent et déclament leur hardiesse.
…
Se lézarde dans l’ornière, l’odeur
Du feuillage heurtant la terre si lourde.
Tandis que sur la nappe de ton cœur,
Je place mon poème déjà gourd.
…
Si quelques cernes de plus sur la peau
Rampent en s’adoubant de ma complainte,
L’étoile polaire avec son fardeau
Se met en route dans l’ombre sans crainte.
…
Plus que le soupir gris de l’horizon,
Sur mon épaule, repose l’attente.
Entre deux silences, mon édredon
Accueille l’automne qui se lamente.
…
Parfois, il faut jeter dans le ravin
La rouille naissante de nos morsures.
Accoudé au brouillard, le tambourin
Du printemps se cache dans les ramures.
…
9 octobre 2025
Aux tempes grises du rosier fané,
L’aube accroche sa brume délicate.
Et sous le porche du jour épuisé,
Les heures traînent déjà la savate.
…
Sur sa chaise d’ombre, un silence en deuil
Voudrait coucher cette saison en cage.
Alors, la table sous le grand tilleul
Engrange les rires et bavardages.
…
Les coulis de ciel contre l’horizon
Dansent puis déposent leurs ballerines.
La rime glisse ses mots de coton
Sous les herbes folles et les épines.
…
La menthe sauvage a fait son chemin
Parmi les allées de l’été sans âge.
Un automne attend au seuil du destin
Que les vents troublent enfin un nuage.
…
Entre terre et mer, l’embrun endormi
Guette les marées contre son écume.
Mais le soleil ferme un tiroir rempli
D’incendies nourrissant notre amertume.
…
Dans mon jardin, l’humus des alphabets
Ignore les choix égarés des âmes.
Ma plume recueille l’air des adrets
Pour que l’espoir poursuive ses programmes.
…
S’il faut mordre le silex des matins,
J’écorcherais jusqu’au sang ma carcasse
Il faut croire encore à nos lendemains
Et ne pas s’effondrer dans la crevasse.
…
3 octobre 2025
Dans le ciel, es-tu oiseau de passage.
J’aperçois tes ailes portant le chant
De chaque saison jusqu’à l’étalage
Inattendu de l’aube et du levant.
…
Au gré des matins, dans les herbes folles
Tu m’autorises la conversation.
J’aime suivre ta douce farandole
Dans les couloirs de l’été en mission.
…
Sur les futaies, ton cri crépite encore
Comme l’écho égaré du vivant.
Tu recherches ta pitance et picore
A côté de l’épouvantail mendiant.
…
Je me sens humble devant ton courage.
Ta petite existence est un combat.
Quand bien même tu n’es que de passage,
Le sais-tu, l’homme est un vilain malfrat.
…
Quand l’heure se crispe dans les étages,
Tu te rapproches, du quai de départ.
Bientôt, mille cris fendront les nuages
Pour affronter les dangers et remparts.
…
Alors, tu t’éloignes de ces collines
Où le silence se frotte les mains.
Je garde à l’intérieur de ma rétine
Ton souvenir s’éloignant au lointain.
…
Poème proposé à Chris pour son défi du mois autour des oiseaux de passage
http://www.poetika17.com/
28 septembre 2025
Si l’aube se pointe dans la venelle,
La nuit danse encore dans son couloir.
Des rêves se ramassent à la pelle
Maculés par les pas sur le trottoir.
…
Les lumières dépouillées de leur force
Logent encore le chant des cailloux.
Se lézarde sur l’arbre, son écorce
Témoin du temps et de son long courroux.
…
Sur un océan sans phare, naufrage
L’écume d’un été fort oublié.
Craque l’oyat pourchassant le fléchage
Pour enfin trouver un drap défroissé.
…
Et, au clocher des mots, la girouette
Ne sait plus où donner du ciboulot.
Seule, patiente la dame chouette
Qui chassera bien plus tard le mulot.
…
Plusieurs alphabets s’offrent aux morsures
Du vent effeuillant mes petits carnets.
A tâtons, le tambourin des froidures
Me délivre doucement ses pamphlets.
…
Se glisse l’automne sous ma poitrine
Une feuille tombe près de mon cœur.
Près, sur l’horizon, claque la bottine
D’une autre saison ravivant la peur.
…
Tu n’as rien dit des ponts de l’écriture
Alors, je grignote un poème entier.
Je m’invite au repos de ta césure,
Et je respire ton corps encrier.
…
19 septembre 2025
Dans la forêt complice, s’impatiente
L’oiseau, toujours gourmand d’herbe et de fruits.
Sur les bris de feuilles rouillées, l’attente
Revient frapper aux fenêtres du bruit.
…
Sous la mousse des nuages, les heures
Affamées forment un joyeux troupeau.
Le levant s’annonce au seuil des demeures,
Un matin neuf agite son plumeau.
…
Et, jusqu’à l’ultime lanterne où niche
Le grain de lumière, sur le chemin
De caillou en caillou avec la biche,
Je m’invite pour un autre festin.
…
C’est pourtant un automne qui dirige
Le vent dans les rosées de mon jardin.
Alors, faut-il cacher sous la volige
Les anciens trésors d’un été chafouin.
…
J’ai au cœur assez de secrètes plages,
Pour laisser le froid et l’obscurité
Au bruissement d’un silence en rage.
Je t’espère sur le sable esseulé.
…
A tes branches d’étoiles, je m’accroche
Quand le ciel là-haut étale son vœu.
Je sors nos beaux souvenirs de ma poche.
Des bouquets d’aube s’ouvrent sur le bleu.
…
Je réédite ce texte publié en 2024 pour faire écho au texte proposé par Will
10 septembre 2025
A la houle du matin, le pas lourd
De l’été égratigne la poussière,
Quand s’abreuve le silence trop sourd
Aux discours éculés de ma prière.
…
Désormais, le chant des mers sur la peau
Est aussi paisible qu’un doux murmure.
Le temps sans âme tire son rideau
Sur les heures sacrifiant leur armure.
…
Un ciel grisonnant lâche son foulard
Vers les branchages où l’oiseau somnole.
L’encrier vide susurre au buvard
Qu’il faut vite oublier la faribole.
…
Et l’ombre chuchote dans le chemin
A qui veut l’entendre ses commérages.
Là voici qui tricote le chagrin
Au-dessus des collines en otage.
…
Mais où je marche, mes pas de papier
Embrument d’autres soleils sur les cimes.
Veux-tu me rejoindre au seuil frontalier,
Je t’ouvrirai la porte de mes rimes.
…
Au vent des possibles, tous les buissons
Apprivoisent le pourpier des nuages.
S’envolent doucement les papillons
Par-delà la pergola des étages.
…
Sous le préau des mots, l’éternité
Recoud les haillons de vieilles fragrances.
Mon cœur se couche au seuil de la clarté.
L’horizon s’endort dans nos souvenances.
…
1 septembre 2025
Les terres écorchées crissent en vain
Dans le jour moulu par la sécheresse.
Il fait encore beau, seule richesse
Quand l’heure ocre vient nous prendre la main.
…
Le jour me traverse avec ses corsets
De soupirs, sarclant mes bras de broussaille.
Aux marées qui bâtissent leur muraille,
Mon château de sable offre ses secrets.
…
Au creux des champs amaigris, le fatras
D’un lit de ronces emmure mon rêve.
Et, sur le chemin qui mène à la grève,
Je pose mon chant et mes falbalas.
…
Les migrateurs rangent leur bivouac.
Se regroupent déjà mes hirondelles
Bon vol, mes élégantes demoiselles.
J’espère vous voir partir du tarmac.
…
Sur les ecchymoses de mes écrits,
Un horizon étend son encre fauve.
Quelques poèmes s’échouent dans le mauve
Où se cachent des verbes déconstruits.
…
Les braises froides au grenier de sel
Sont intactes pour les feux de l’aurore.
Tel le goût de nos baisers dans l’amphore
Du souvenir où infuse le ciel.
…
Un nuage saute de l’escabeau
Dans son bénitier, des égratignures
Et ce vent avançant ses longs murmures,
De fleurs, en fleurs, sur nos sentiers oiseaux.
….
texte proposé à Chris pour son défi mensuel : poetika17.com
24 août 2025
Sur l’esplanade ouverte de l’été,
Le clapot séculaire des semaines
Suit sa ronde comme par le passé.
L’eau s’écoule doucement des fontaines.
…
Endormi sous le toit des vents, le jour
Semble en retard dans la chambre sans âge.
Des franges de nuages hors de leur tour
Voudraient colorer en bleu leur dallage.
…
Jusque dans les terres asséchées, fuit
L’espoir épuisé, qui sous sa fourrure
Prépare le matin et se languit
D’un autre temps dépourvu de serrure.
…
Les pierrailles grommellent sans répit
Quand les feuilles tombent déjà des arbres.
Même, dans le jardin, se ramollit
La menthe citron qui semblait de marbre.
…
La rouille s’agrippe à mon vieux rideau.
Au loin, grince l’horizon où s’ébrèche
Un tas de souvenirs tel un fardeau.
Seul, le chardon dédaigneux tend sa flèche.
…
Si, l’automne s’approche à pas feutrés,
J’entends le poète qui se lamente.
Et, sur la nappe, les mots abîmés
Se marient aux heures gorgées d’attente.
…
18 août 2025
Un farfadet rampe au cœur de l’été,
Sa calèche pleine de longs dimanches
Bardés d’histoires d’un lointain passé
Et d’épouvantails relevant leurs manches.
…
Alors, les perséides, sans un bruit
Crucifient les rêves dans les étages.
Aux portes du ciel, j’enlace la nuit
Et ton prénom accroché aux nuages.
…
Je suis les grappes d’étoiles au soir
Pour quitter le chemin des solitudes.
Des rimes abandonnent leur bougeoir
Près des stèles empierrant l’habitude.
…
L’âge mûrit encore, tant bleui
Par la sève des années séculaires.
Contre un flanc écorché de l’infini,
Le temps dénude les mots grabataires.
…
Tout au bout des océans où l’oubli
Affiche le silex de sa froidure,
L’horizon écarte son drap jauni.
Un matin renaît dans son embrasure.
…
Un météore emporte mes migraines
Vers la digue où s’écrase l’inconscient.
Au champ de l’ombre, je sème des graines
D’aube et dans le sous-bois, chante le vent.
…
Alors, les heures dressent leur autel.
Un soleil debout peigne sa crinière,
Quand un poème ouvre la porte au sel
Du jour qui fermente dans ma théière.
….