Catégorie : Nuées poétiques
5 janvier 2026
Un brûlot d’heures a soufflé le jour
Sur l’adret de notre vieille planète.
Au loin, s’envolent déjà les vautours
De la nuit et son angoisse secrète.
…
Le temps sur son escalier vermoulu
Vacille en remontant sa grande horloge.
En voilà un sentiment ambigu
Dont il fait, à Dame lune, l’éloge.
…
Entre les barreaux, un astre lointain
Invite les comètes dans sa course.
Au noir des ténèbres, se tend la main
De celle qu’on appelle la grande ourse.
…
Un ciel noir se cambre sous son bâillon.
Mais, sous les ruines, des pluies de braise
Traversent les veines de l’horizon.
Est-ce l’aube qui ouvre une mortaise.
…
Quelques mots vers la première lueur
Ruissellent et des buées cristallines
Bombent le torse dans la bonne humeur.
Demain prépare déjà ses lettrines.
…
L’œil ouvert, le cœur collé au carreau
Je regarde mon écriture en friche.
L’esprit du soleil dans le caniveau
Veut bien me dédicacer son affiche.
…
Et, s’ouvre la porte de l’alphabet
Pour que je renaisse dans le silence.
Entre les marges du petit carnet,
J’ai arrêté pour toi ma diligence.
…
27 décembre 2025
Autour des étoiles, la brume
S’en va déposer son humeur.
Rose d’espérance, l’écume
Du temps est en apesanteur.
…
L’heure assise sur la congère
Chasse sa rime vers le ciel.
Dans sa guipure de poussière,
Elle rêve d’intemporel.
…
Ici, la grande ourse se couche.
L’aurore sèche ses sanglots.
A vif, le silence fait mouche
Dans les cathédrales de mots.
…
Avec ce goût de fleurs sauvages,
Tout près des limbes, le levant
Court sur le chemin des nuages
En cherchant l’astre conquérant.
…
Demain grignote ma boussole
En perpétuel devenir.
L’aube défait sa camisole,
Dernière ronde puis partir.
…
Au cœur des nuits crépusculaires,
Où les vents ne dorment jamais,
S’hérissent les cirrus polaires,
Et pourtant le jour apparaît.
…
15 décembre 2025
Dans la débâcle du silence gris,
L’ombre ingurgite les aubes opaques.
Un vent glacé tord les arbres punis,
Le dernier pétale a tourné casaque.
…
Et, au matin qui s’incline déjà,
Le ciel ouvre ses rideaux de dentelle,
On aperçoit, assis sur son sofa
Un hiver qui tourne la manivelle.
…
Le temps écoulé dans le vase bleu
Voit l’oiseau ébouriffé sur la branche.
Il aimerait tant formuler un vœu
Afin qu’un soleil prenne sa revanche.
…
Ailleurs, un coquelicot en exil
Invente l’été dans le sang des landes,
Pendant qu’au terrier, le renard Goupil
Rêvasse à sa prochaine contrebande.
…
Pourtant, avec l’espoir caché sous l’eau.
Je trouverais peut-être ta balise.
Sur l’horizon, j’aperçois ton radeau
Vite, je clos ma petite valise.
…
Je prends alors les mots sur le chemin
Les accroche au clapotis des rivières
Et je les suis vers un abri lointain.
Les gouttes de l’attente sont lumière.
…
27 novembre 2025
Quand d’autres étés le long du chemin
Reposent en paix sur leur vieux lutrin,
Le vent vient me raconter son histoire
Qui voyage jusqu’à cet écritoire.
…
Alors, mon cœur se vêt de ciel carmin
Pour fleurir les mots hâves du matin.
Quelques flaques s’étirent sous la neige
Où part se mirer un nuage beige.
…
Au chant du silence, mille secrets
Jaunis s’égarent entre les signets
Amassés sur la route buissonnière.
Là-bas, s’enracine chaque lumière.
…
Sur la table d’hiver, le givre blanc
Écrit ses poèmes et sur le banc
Je t’attends sous ma cape boréale
Pour réchauffer notre histoire florale.
…
Jusqu’à la prochaine nuit, les ruisseaux
Vont braver l’hiver comme les oiseaux.
Pareille à la nuit glissant vers la lune,
L’obscurité monte sur sa tribune.
…
A travers la fenêtre où un frisson
Se dresse, l’air change de direction.
Viens boire le givre dans ma coupelle
Respirons l’ivresse sous la chandelle.
…
La broussaille qui borde les tisons
Des heures remplit l’âtre des saisons.
Et, dans le bruissement des feuillages
Des miettes de temps livrent leurs messages.
…
16 novembre 2025
Entends la musique de l’espoir nu
Qui soupire au milieu des futaies rousses.
En ses mains abîmées, le souffle dru
Des tempêtes interminables glousse.
…
Pourtant, sur le matin gris, j’ai croisé
Un soleil étouffé par des nuages.
Il s’égoutte sur le sol délavé
Mais regagne bien vite ses étages.
…
Alors, je peins l’ennui dans le couloir
Du vent avec des bouffées de lavande,
Pour laisser la froidure jusqu’au soir
Et l’endormir avec ma sarabande.
…
Des bouffées de jour crépitent déjà
Sur l’orbe de l’horizon dont le sable
Écluse les désirs de la saga
Des années et de leur âme coupable.
…
Aux eaux fatiguées de notre océan,
Je scande des mots vêtus de poussière.
Ils colmatent la stèle de l’écran
Éclairé par une faible lumière.
…
Tu peux à nouveau traverser le gué
Où s’effeuille le secret de la rose.
Un sourire vole au creux du passé
Ce souvenir que la tendresse arrose.
…
Si tu n’es qu’un pâle reflet, au loin
Mon cœur te hèle sur ces fils invisibles.
Ivre de nature, j’irai demain
Décrocher la guirlande des possibles.
…
9 novembre 2025
Contre mon épaule, le temps s’invite
Quand sur la ligne d’horizon, s’effrite
Le réverbère abîmé d’un été.
Plus loin, s’endort le souvenir des blés.
…
A la commissure de la rivière,
Le matin replié dans l’ornière
Frissonne, solitaire mendiant.
Les mots perdus s’accrochent au néant.
…
Sur la roche, un silence à nu picore
Sa maigrelette pitance, et essore
Les heures absorbées par les boulets
Que bombarde le vent dans les volets.
…
Quelques tuiles sont tombées du nuage
Balayant les fleurs des rosiers sans âge.
Des ombres claquent déjà leurs mouchoirs
Aux fenêtres de leurs sombres manoirs.
…
Au pied des ans fatigués, la nuit tisse
Son réseau et derrière la canisse,
Pourtant, un lâcher de jolis ballons
Colore de bleu une autre saison.
…
j’aimerais devenir la grande aurore
Pour que le rêve puisse enfin éclore
Sur les marches de ce jour où nos cœurs
Griffonnent leur prénom avec ferveur.
…
Ici, nous serions peut-être broussaille
Accueillant l’oiseau qui se ravitaille,
Herbes sauvages grimant le chemin
Où reposent les rosées de demain.
…
26 octobre 2025
J’ai dû laisser partir l’été au vent.
Quand d’un arbre à l’autre, des pluies de rouille
Ont rompu dans un simple feulement
Les lumières et leur douce patrouille.
…
De forêt en forêt, les cris d’oiseaux
Ont escorté un bateau de nuages.
Mais l’hiver a battu avec ses couteaux
Le fagot des heures en recyclage.
…
Les herbes fourbues se couchent au sol
Cernées d’un gel de blanche porcelaine.
Je n’entends plus le chant du rossignol.
Abrité par une nation lointaine.
…
Soudain vivant dans le sel du matin,
Un feu renaît sur l’orbe du silence.
Quelques ailes sur l’écorce du pin
Accordent leur partition en cadence.
…
La route s’élargit vers les buissons
Où des mots à la nudité mordante
Entassent leurs doutes et leurs haillons.
Allons ramasser leur lueur filante.
…
Malgré l’ombre roide sur les ronciers,
Je retiens, serrés au cœur, les murmures
Du coquelicot pour que le papier
S’en souvienne telles des impostures.
…
Viens, rejoignons le refrain familier
Dont se nourrit encore l’espérance.
Nous vaincrons les flaques noires d’acier
Près de nos rêveries en transhumance
…
28 septembre 2025
Si l’aube se pointe dans la venelle,
La nuit danse encore dans son couloir.
Des rêves se ramassent à la pelle
Maculés par les pas sur le trottoir.
…
Les lumières dépouillées de leur force
Logent encore le chant des cailloux.
Se lézarde sur l’arbre, son écorce
Témoin du temps et de son long courroux.
…
Sur un océan sans phare, naufrage
L’écume d’un été fort oublié.
Craque l’oyat pourchassant le fléchage
Pour enfin trouver un drap défroissé.
…
Et, au clocher des mots, la girouette
Ne sait plus où donner du ciboulot.
Seule, patiente la dame chouette
Qui chassera bien plus tard le mulot.
…
Plusieurs alphabets s’offrent aux morsures
Du vent effeuillant mes petits carnets.
A tâtons, le tambourin des froidures
Me délivre doucement ses pamphlets.
…
Se glisse l’automne sous ma poitrine
Une feuille tombe près de mon cœur.
Près, sur l’horizon, claque la bottine
D’une autre saison ravivant la peur.
…
Tu n’as rien dit des ponts de l’écriture
Alors, je grignote un poème entier.
Je m’invite au repos de ta césure,
Et je respire ton corps encrier.
…
10 septembre 2025
A la houle du matin, le pas lourd
De l’été égratigne la poussière,
Quand s’abreuve le silence trop sourd
Aux discours éculés de ma prière.
…
Désormais, le chant des mers sur la peau
Est aussi paisible qu’un doux murmure.
Le temps sans âme tire son rideau
Sur les heures sacrifiant leur armure.
…
Un ciel grisonnant lâche son foulard
Vers les branchages où l’oiseau somnole.
L’encrier vide susurre au buvard
Qu’il faut vite oublier la faribole.
…
Et l’ombre chuchote dans le chemin
A qui veut l’entendre ses commérages.
Là voici qui tricote le chagrin
Au-dessus des collines en otage.
…
Mais où je marche, mes pas de papier
Embrument d’autres soleils sur les cimes.
Veux-tu me rejoindre au seuil frontalier,
Je t’ouvrirai la porte de mes rimes.
…
Au vent des possibles, tous les buissons
Apprivoisent le pourpier des nuages.
S’envolent doucement les papillons
Par-delà la pergola des étages.
…
Sous le préau des mots, l’éternité
Recoud les haillons de vieilles fragrances.
Mon cœur se couche au seuil de la clarté.
L’horizon s’endort dans nos souvenances.
…
18 août 2025
Un farfadet rampe au cœur de l’été,
Sa calèche pleine de longs dimanches
Bardés d’histoires d’un lointain passé
Et d’épouvantails relevant leurs manches.
…
Alors, les perséides, sans un bruit
Crucifient les rêves dans les étages.
Aux portes du ciel, j’enlace la nuit
Et ton prénom accroché aux nuages.
…
Je suis les grappes d’étoiles au soir
Pour quitter le chemin des solitudes.
Des rimes abandonnent leur bougeoir
Près des stèles empierrant l’habitude.
…
L’âge mûrit encore, tant bleui
Par la sève des années séculaires.
Contre un flanc écorché de l’infini,
Le temps dénude les mots grabataires.
…
Tout au bout des océans où l’oubli
Affiche le silex de sa froidure,
L’horizon écarte son drap jauni.
Un matin renaît dans son embrasure.
…
Un météore emporte mes migraines
Vers la digue où s’écrase l’inconscient.
Au champ de l’ombre, je sème des graines
D’aube et dans le sous-bois, chante le vent.
…
Alors, les heures dressent leur autel.
Un soleil debout peigne sa crinière,
Quand un poème ouvre la porte au sel
Du jour qui fermente dans ma théière.
….